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Archive pour la catégorie 'Vocation'

Un idéal de service

Posté : 19 janvier, 2009 @ 3:41 dans Belles phrases, Education et apostolat, Formation de la personnalité, Vocation | Pas de commentaires »

Carl Leisner écrit ces lignes à 19 ans. 

 

Le 12 septembre1934, il ramasse sa réflexion en un texte où il redé­couvre l’homme qu’il voudrait être, et oú, dans un magnifique dialogue avec son Seigneur, il fait éclater son désir brûlant de servir, à travers les jeunes, la patrie allemande. Ce texte reflète le mieux son univers intérieur, en cette année-charnière de sa vie: 

 

«Une image martèle et frappe au fond de moi-même; elle veut enfin parvenir à la lumière: je veux être totalement allemand, to­talement catholique, un membre solide du mouvement des jeu­nes, intégralement fidèle au Christ. Un combat s’est livré entre l’être faible, lâche, mou, sensuel et désordonné d’une part, et, de l’autre, le vrai Carl, joyeux et responsable, chevillé au Christ, discipliné, pur et modeste! Je courais le risque de dérailler dans le défaitisme et le pessimisme, la servilité et la lâcheté, de trahir et déserter la cause de l’Allemagne et du catholicisme. Le gou­vernail de mon navire menaçait de me glisser des mains. Non, je reprends en main mon âme, mon corps, ma destinée; je veux les maîtriser, avec courage, fidélité et humilité. Je veux être un hé­ros! Fort dans la foi, sûr de la victoire, joyeux dans l’espérance! 

L’appel de Dieu retentit dans mon âme! Viens, réveille-toi, ré­fléchis. Tu y arriveras si je t’offre la grâce, amplement et en abondance, et si tu le veux bien, si tu y contribues de ton côté et si tu viens avec moi. Debout! Tu dois guider ma jeunesse, la jeu­ne Eglise de notre diocèse! Debout, mets-toi à leur tête, saisis la hampe de la bannière! Indique à d’autres la voie! Moi, ton Sei­gneur, ton Maître, je te montrerai le droit chemin, la voie de la lumière qui, avec la grâce du Saint-Esprit, conduit à moi, l’Eter­nel, source de toute vie. 

Avec ta grâce, que Tu m’offres dans le pain des forts, dans ta chair et ton sang, j’accepte la fonction de chef de la jeunesse. Guide-moi vers ta lumière. Que je puisse en conduire d’autres sur la voie resplendissante qui mène vers Toi. Sans Toi, je ne puis rien. Avec toi, je peux tout. Je te promets, en fixant ton regard infiniment profond dont la lumière me fait frissonner de crainte et de joie, je te promets solennellement ceci: Seigneur, Dieu tout-puissant, être ton parfait instrument, voilà le désir qui me consumera sans cesse. A partir d’aujourd’hui, toute la force de ma vie t’appartient. Si tu le veux, je serai ton prêtre. Seigneur, accorde-moi ta grâce pour cela. Amen. Alléluia!

 

 Je dois conduire de jeunes Allemands. Au diable tout découra­gement! Rejoins la patrie! Je dois être prêt à sacrifier ma vie! Conduire la jeunesse catholique au sein du peuple allemand, voilà ma mission! Bâtir le peuple allemand, avec des jeunes ca­tholiques allemands, des saints! 

Le peuple allemand doit redevenir chrétien, redevenir catholi­que comme à l’époque de grandeur du Saint-Empire. C’est pour­quoi, debout! Que saint Michel m’aide et me protège! Et que saint Georges soit mon modèle chevaleresque. Que la Mère de Dieu intercéde pour moi, qu’elle m’utilise comme son instru­ment, celui de son Fils, pour une mission sacrée au service du peuple allemand! Mon peuple! Voici ma main pour sceller le lien éternel. Mon pays, voici mon coeur qui t’a cherche et aime et qui a soif de toi… Avec toi, mon Seigneur et mon Dieu!» 

La vocation: (V) À PROPOS DE LA PERSONNE

Posté : 3 janvier, 2009 @ 4:45 dans Vocation | Pas de commentaires »

La biologie nous apprend une chose que nous savions sans son concours, mais qu’il convient de souligner, et c’est qu’il n’y a pas deux êtres humains scmblables. Dès sa conception l’être humain est unique parce que son code génétique est différent pic tous ceux qui ont jamais existé et de tous ceux qui existeront jamais. Cette différence originelle de tous les individus implique que chaque être humain est à proprement parler « unique », irremplaçable, porteur d’une manière d’être homme qu’il est seul à pouvoir développer, car il est seul à en posséder le secret, le « programme », si nous osons appliquer à une réalité vivante une notion d’informatique.  La différence entre tous les hommes et l’unicité de chaque individu sont une certitude biologique qui pourrait faire réfléchir sur la responsabilité qui incombe aux parents et à la société. Ils se doivent de permettre à un être unique et irremplaçable de développer toutes ses potentialités afin que ce qu’il a de neuf et d’inédit puisse s’ajouter au patrimoine de l’humanité. Car le reste de sa personnalité, tout ce qu’il a en commun avec les autres hommes, ou avec beaucoup d’autres hommes est tout à fait respectable, mais justement pas irremplaçable. L’intérêt de l’individu aussi bien que celui de la société est donc que ce qui le différencie des autres soit décelé et développé au maximum. Je n’aurai pas la cruauté de m’étendre longuement sur la question de savoir si le type d’éducation et de formation que dispense notre société tend à ce développement, tant il est malheureusement évident qu’au contraire la vertu la plus appréciée de notre système éducatif est le conformisme et l’uniformi­sation. Nous arrivons bien et même peut-être très bien, à développer les parties communes aux membres de notre société, mais au prix de l’écra­sement de leurs différences. Voilà qui est payer bien cher une certaine organisation de la production dont nous ne savons d’ailleurs pas si elle serait moins performante avec des personnes véritable­ment réalisées, bien dans leur peau, et qui proba­blement mettraient infiniment plus de créativité dans leur travail. Quoi qu’il en soit, les rares qui ne se laissent pas mouler à la convenance de la société, ceux dont la caractéristique est particulièrement marquée, et qui ont senti assez fortement la nécessité de se réaliser, pour braver le conformisme, ont toutes chances de rester des marginaux. Marginaux de luxe, adulés, fêtés, honorés, enrichis, s’ils réussissent à se rendre indispensables, ou bien marginaux voués à une certaine pitié, à la dérision, ou à l’anathème, si l’on n’a pas besoin d’eux, de toutes façons mis à l’écart ou au-dessus, – ce qui revient à peu près au même – des hommes « normaux ». Mais l’homme n’est pas seulement matière, fût­elle douée de raison, notre foi nous dit qu’au moment de notre conception, alors que l’amour que se font deux êtres, les rendant une seule chair au point qu’une vie nouvelle commence qui est la continua­tion et la transformation de leurs deux vies, Dieu intervient en un acte créateur. Il y a là un grand mystère que je serais bien incapable d’expliquer, mais qui me fascine et me procure une grande joie. Dieu a pour chaque être humain un amour qui le crée comme personne.  Si je pense à Dieu, je ne peux pas me le figurer à bout d’imagination et créant deux fois la même chose. Dieu ne se répète pas. Il est vraiment créatif, et son imagination n’est jamais à court d’idées neuves. Cela signifie que si déjà biologiquement chaque homme est différent, a fortiori l’amour personnel de Dieu pour lui le rend différent et unique. Si par hasard deux êtres possédaient exac­tement le même code génétique, et que l’éducation de ces jumeaux parfaits était strictement identique, il n’en resterait pas moins que leurs personnes ne seraient pas la réplique l’une de l’autre, car l’amour personnel dont Dieu les aime chacun est absolument unique. Si déjà une mère est capable de reconnaître et d’aimer différemment ses jumeaux qui pour les étrangers sont parfaitement semblables, combien plus Dieu nous voit-il distincts, radicalement dif­férents. Voilà pourquoi il me semble juste de chercher là la véritable racine de la personnalité, son indivi­dualité la plus individuelle, son unicité la plus unique. Peut-être est-ce pour cela qu’on a pu dire Seul Dieu est humain. » C’est en effet mystérieu­sement au point où l’homme rencontre Dieu qu’il est le plus fondamentalement homme. tiré de « Samuel Samuel Le livre des vocations »  Michel PochetNouvelle cité. 1985 

La Vocation : vocation profane

Posté : 30 décembre, 2008 @ 4:24 dans Vocation | Pas de commentaires »

IV 

VOCATION PROFANE 

La vocation au sens profane du terme est une réalité, et les parents seraient avisés d’en tenir compte, de ne pas affecter ce scepticisme qui entoure trop souvent un enfant et même un adolescent lorsqu’à la question lancinante des adultes : « Que feras-tu quand tu seras grand? » ils répondent quelque chose d’inattendu, ou même de déroutant. C’est tellement plus simple lorsqu’ils assurent qu’ils veulent être comme papa. Et pourquoi pas après tout? Comme ce fils de fossoyeur qui répondait sans la moindre ironie que lorsqu’il serait grand il serait fossoyeur, comme papa. Il n’y a pas de sot métier! Mais quand un enfant sent une attirance pour une vie différente, pour une profession jamais exercée par un membre de la famille ou même une profession toute nouvelle, c’est alors qu’il aurait le plus besoin de compréhension, de soutien, d’encou­ragements, car le chemin est plus difficile pour lui qui doit le parcourir le premier. 

Je sais que certains projets enfantins n’ont pasplus de consistance que les rêves, mais prendre au sérieux l’enfant qui rêve hâte son réveil, et lui permet d’évaluer l’importance et le sérieux de son désir. La raillerie et l’incompréhension n’ont comme résultat que d’intérioriser le rêve et de lui donner un semblant de réalité dont il sera bien plus difficile de se défaire et le réveil tardif n’en sera que plus brutal et traumatisant. Laissons la personnalité se chercher et se découvrir et admirons avec l’enfant et avec le jeune les talents qui se manifestent et les vocations qui se découvrent les unes après les autres au fur et à mesure. Viendra un jour où la vraie, la véritable vocation se dessinera dans le coeur et dans l’esprit, et l’adolescent aura grand besoin de se sentir en confiance. Alors il cherchera un appui qu’il ne pourra trouver qu’en ceux qui n’aurontt pas souri à ses précédentes lubies mais l’auront aidé par leur accueil à mesurer ce qu’elles représentaient exactement. 

Lorsqu’un jeune pense à son avenir, c’est une personne qui cherche à se connaître et à se comprendre, et cette personne a droit au respect et au sérieux. Même si son langage est encore enfantin, même si l’image qu’elle se fait d’elle-même est encore marquée par toutes sortes d’influences dont elle ne peut pas encore avoir pleinement conscience, on ne peut pas, on n’a pas le droit de rire de ses projets, de ses ambitions, de ses rêves, car ce faisant c’est peut-être Mozart ou Pasteur qu’on assassine. 

La vocation au sens profane existe, et tout le monde en a une, car tout le monde est appelé à réaliser pleinement sa personnalité. Lorsqu’on le comprend à temps pour se former dans ce sens et faire épanouir toutes ses potentialités, c’est une grande chance. Cela donne une grande force. On est capable de se prêter à une discipline exigeante, physiquement ou intellectuellement, pour avoir ioutes les chances de réaliser ce que l’on sent être sa personnalité. Il suffit de penser au régime ali­mentaire et aux efforts physiques et mentaux que requiert l’entraînement d’un athlète de haut niveau, ou bien au travail intensif et à la persévérance infatigable que nécessite l’étude d’un instrument de musique, ou encore aux prodiges d’ingéniosité, d’adresse, de courage, de patience, de concentra­lion, d’initiative, de force de caractère, que déploient tant de jeunes pour arriver à leurs fins, pour se convaincre qu’un ressort les anime, qu’une conscience d’eux-mêmes les soutient et les entraîne. 

Tant mieux pour eux, tant pis pour ceux qui n’ayant pas été regardés dès leur jeune âge comme des personnes à part entière, n’ont pas eu la chance (le croire en eux-mêmes, de se découvrir, de se vouloir, de se faire. Ceux-ci portent indéfiniment la blessure d’une personnalité incomplète, comme ces arbres étêtés qui, faute de pouvoir grandir norma­lement, s’élargissent démesurément et ne res­semblent plus à rien. On voit ainsi des gens qui, faute d’avoir pu se réaliser vraiment, utilisent leurs capacités et leurs énergies d’une manière désordon­ 

née, et peuvent même atteindre des positions enviées, mais gardent au fond du coeur l’amère sensation d’avoir gâché leur vie parce qu’ils n’ont pas été vraiment eux-mêmes. 

Et bien souvent, malheureusement, le mal ne s’arrête pas à eux, car blessés qu’ils sont de ne pas s’être réalisés pleinement, ils projettent volontiers leurs ambitions déçues sur leurs enfants, et sont ambitieux pour eux, à leur place, espérant les voir réaliser ce dont eux-mêmes n’ont pas été capables. Et cela donne des situations inextricables, des ten­sions insoutenables, parce que ce n’est pas vraiment le bonheur de leurs enfants qu’ils désirent, mais le leur par procuration. Et l’on voit de malheureux enfants écrasés sous le poids d’une responsabilité qui n’est pas la leur, contraints de devenir ce que leurs parents auraient voulu être, et prisonniers d’un bonheur qui n’était pas fait pour eux, mais qu’ils doivent porter toute une vie comme un fardeau trop lourd, comme un habit trop grand. 

Je connais des parents qui pensent que laisser un héritage à leurs enfants équivaut à les handicaper pour le restant de leurs jours. Ils leur ont donné toutes les chances de réaliser ce qu’ils avaient en eux comme talents. Ils ont encouragé leur envie d’apprendre et de se perfectionner. Ils ont cru aux initiatives qu’ils voulaient prendre. Ils ont fait tout cela dans toute la mesure de leurs moyens, pour que leurs enfants deviennent des adultes capables de mener à bien leurs choix d’adultes. Mais il était entendu qu’ils ne devaient pas attendre autre chose, et qu’ils n’auraient pas la malchance d’être des fils à papa, et que leur bonheur, leur réalisation, ils les devraient à eux-mêmes. 

C’est ainsi que dans cette famille des personna­lités étonnamment diverses ont pu se développer. Une fille fait une carrière dans la chanson, une autre dans le théâtre, un fils après s’être passionné pour l’astronautique au point d’avoir créé un club, fabriqué et lancé des fusées, travaille maintenant dans un observatoire, un autre est journaliste, comme son père, quant à la mère, devenue veuve subite­ment, elle s’est lancée avec succès dans la politique. 

 

tiré de « Samuel Samuel 

Le livre des vocations » 

Michel Pochet

Nouvelle cité. 1985 

La Vocation : vocation musicale

Posté : 24 décembre, 2008 @ 4:23 dans Vocation | Pas de commentaires »

III 

VOCATION MUSICALE 

José Vandam, le grand baryton belge, raconte qu’à l’âge de douze ans il était sûr de devenir chanteur. C’était plus fort que lui. Pourtant sa voix muait, il aurait pu la perdre, et dans ce cas il n’aurait jamais été chanteur. Malgré tout il n’a jamais douté de sa vocation. Est-ce que sa famille était une famille de musiciens dont l’atmosphère particulière l’aurait encouragé, voire poussé dans cette direction? Non, justement pas. C’était une famille sans musicien, sans ouverture particulière, et pourtant ses parents ont reconnu et encouragé sa vocation. Son professeur de solfège avait l’im­pression qu’il avait une voix qui pouvait devenir belle, c’est lui qui prit contact avec un grand professeur de chant : « J’ai ici un jeune garçon qui est en train de muer. On le fait trop chanter dans la chorale paroissiale, il faut faire quelque chose sinon on va détruire sa voix. » 

Le professeur de chant convoque le garçon, les parents, le curé et le professeur de solfège. En 

entendant le jeune José, il se rend compte que dans cette voix qui était atroce parce qu’elle était en pleine mue, il y avait des éléments que lui seul pouvait déceler et qui promettaient une voix superbe. Alors il dit au curé de ne plus demander à José de chanter car ce serait détruire sa voix, et il prend le jeune homme comme élève. Mais tant que sa voix n’a pas complètement mué, il ne le fait jamais chanter et ses leçons consistent, au lieu de faire chanter son élève et de le corriger, à chanter lui­même. Le professeur chantait et l’élève devait le corriger. Le professeur faisait exprès des fautes, et la valeur de l’élève consistait dans une sûreté d’oreille qui lui faisait trouver très vite ce qui n’allait pas dans la manière de chanter de son professeur. Et c’est ainsi que, sans chanter, José Vandam apprit le chant et s’engagea dans une carrière prestigieuse de chanteur d’opéra. 

Ce pourrait être une parabole sur le rapport entre adultes et jeunes lorsque se dessine une vocation, que le jeune sait au plus intime de lui-même qui il sera, alors que beaucoup d’obstacles doivent encore être surmontés, et que certains dangers viennent de la vocation elle-même : chanter était au moment de la mue le plus grand péril pour le futur chanteur. Don Bosco n’agit pas différemment avec Dominique Savio lorsqu’il se rend compte que l’adolescent se soumet à des privations et à des pénitences que son désir de perfection lui dicte mais qui peuvent nuire 

à la santé d’un jeune homme en pleine croissance et donc à long terme contrecarrer sa vocation. 

Il faut là des adultes attentifs, des parents sans préjugés, un spécialiste aussi qui discerne les éléments nécessaires à la vocation authentique, et qui transmet au jeune ce qui peut être transmis de son expérience, non pour lui enseigner quelque chose, mais pour que le jeune puisse vérifier les intuitions profondes qui lui viennent justement de sa vocation. 

Mais n’est-ce pas la vocation du maître que d’accoucher un talent, une intelligence, un adulte que lui seul voit déjà dans l’enfant dont il naîtra?

tiré de « Samuel Samuel 

Le livre des vocations » 

Michel Pochet

Nouvelle cité. 1985 

La vocation II Samuel, Samuel

Posté : 19 décembre, 2008 @ 12:05 dans Vocation | Pas de commentaires »

Les personnages auxquels je pense spontanément à propos du rapport entre les jeunes et les adultes et des problèmes que la vocation peut entraîner sont Antigone et Samuel. Tous deux au seuil de la vie adulte comprennent quelque chose qui les dépasse et sont amenés à prendre leurs responsa­bilités avec tous les risques que cela comporte. Je vois une grande différence pourtant entre leurs deux destins. Un homme d’expérience comprend et guide Samuel dans ses premiers pas d’adulte, alors que l’héroïne tragique est seule avec sa conscience et tous ceux qui disent l’aimer tâchent de l’empêcher de réaliser ce que sa conscience lui dicte. Elle aurait la vie sauve et même le pouvoir et le bonheur si elle se reniait elle-même, si elle acceptait de rester enfant, de ne pas agir en adulte, si elle se laissait aller à sa peur. Mais quelque chose en elle est plus fort et la pousse à défier tout le monde coûte que coûte, quelque chose qui fait que ce petit bout de femme, sacrifiée au pouvoir et à la raison d’État, est le symbole de la force de la conscience individuelle aux prises avec la tyrannie. Samuel quant à lui est un personnage biblique très attachant. En quelques mots voici son histoire. Sa mère l’avait confié au Grand-Prêtre alors qu’il était à peine sevré. Ce prêtre, du nom d’Éli, était en froid avec Dieu parce qu’il avait laissé ses fils profiter de la haute situation de leur père, pour s’enrichir sur le dos des croyants qui venaient prier au temple. Dieu n’avait pas apprécié du tout et ne parlait plus à Éli, lequel devait en être très affecté parce qu’en tant que Grand-Prêtre, il était censé être porte-parole de Dieu, et être le porte-parole d’un muet devait être très mortifiant. 

Le jeune Samuel vivait donc avec lui dans le temple. Une nuit Dieu appelle : « Samuel, Samuel! » Et Samuel qui n’a jamais encore entendu la voix de Dieu pense que son maître a besoin de lui, court près d’Éli et lui dit : « Me voilà, qu’est-ce que je peux faire pour toi? » Mais Éli le renvoie en lui disant qu’il a dû rêver. Samuel retourne se coucher mais un moment après Dieu lui parle de nouveau « Samuel, Samuel! » L’adolescent retourne auprès du vieillard qui de nouveau le renvoie au lit. Mais quand pour la troisième fois Samuel se présente à Eli, croyant qu’il l’a appelé, Éli enfin prend au sérieux ce que le garçon lui raconte, il comprend que Dieu l’appelle et il lui dit : « Ce n’est pas moi qui t’ai appelé, c’est Dieu. Retourne te coucher, et si Dieu t’appelle de nouveau, tu diras : Parle, ton serviteur écoute. » Dieu avait beaucoup à dire cette nuit-là, et des choses que Samuel aurait préféré ne pas avoir à entendre, parce que Dieu lui annonçait comment il allait punir Eli de son infidélité à sa vocation sacer­dotale. Le matin suivant, Éli, qui se doutait que le message lui était adressé, demande à Samuel de tout lui raconter et, avec humilité, il reconnaît que Dieu a raison d’être mécontent et il se convertit. 

Voici donc un homme d’expérience, mais infidèle à sa propre vocation, qui révèle à un tout jeune homme comment écouter Dieu qui depuis long­temps ne lui parle plus à lui. Et ce garçon que Dieu a choisi a besoin de l’adulte, même égaré, pour s’engager sur le chemin de Dieu que lui-même a cessé de suivre. Je trouve cette nécessaire soli­darité entre les générations d’une beauté impres­sionnante. Même si l’adulte n’a plus rien à dire au jeune, c’est tout de même à lui que revient la tâche de l’introduire dans la vie adulte, et tout particu­lièrement dans le rapport avec Dieu, de lui révéler la différence entre la voix de Dieu et celle des hommes, et de lui indiquer comment lui répondre. Et ce n’est pas une question de sainteté personnelle, mais un devoir d’une génération par rapport à celle qui la suit. On n’est jamais indigne de montrer le chemin de Dieu à un jeune, même si on doit toujours plus ou moins lui dire avec humilité : « Fais ce que je te dis et ne fais pas ce que je fais. » Et si l’adulte a bien rempli sa mission, il aura la chance d’en­tendre de la bouche du jeune la parole que Dieu ne pouvait plus lui adresser directement car ses oreilles n’étaient plus capables de l’entendre.

tiré de « Samuel Samuel 

Le livre des vocations » 

Michel Pochet 

Nouvelle cité. 1985 

 

La vocation : I Le dernier tabou

Posté : 17 décembre, 2008 @ 3:56 dans Vocation | Pas de commentaires »

I LE DERNIER TABOU

 Je sais bien que les tabous ont la vie dure, et je ne compte pas venir à bout tout seul avec ce petit livre de ce que je considère comme le dernier et le plus pernicieux, mais j’aurai au moins fait une brèche : la force des tabous réside en effet non seulement dans la crainte magique qu’ils inspirent, mais surtout dans leur apparent caractère d’invio­labilité. Je crains pourtant que mon initiative ne soit pas comprise par beaucoup de parents et d’éducateurs qui pensent parfois sincèrement faire le bonheur de la jeunesse en l’entretenant dans l’ignorance. Je ne suis pas certain de plaire non plus à d’autres qui, tout en ne niant pas la réalité, n’ont plus le courage de l’appeler par son nom, et lui cherchent toutes sortes d’euphémismes comme s’il s’agissait d’une honte innommable, d’une tare en quelque sorte à laquelle on ne pourrait faire allusion qu’entre initiés, et encore seulement à mots couverts. Et moi-même, ne suis-je pas aussi inhibé au 

moment de sauter le pas? Non, la gravité de mon geste ne me paralysera pas et je prononcerai le mot fatidique, le mot qui fait rougir les plus déver­gondés : vocation. - Vous ne voulez tout de même pas parler de… -Mais si, c’est bien de vocation que je veux parler. - Dans le sens alors de vocation scientifique ou musicale? - Dans ce sens-là aussi, mais pas seulement. 

- Vous êtes inquiet de la crise des vocations? Vous embauchez? Vous voulez boucher les trous de l’organigramme de l’Église? Mais il faut passer des petites annonces, cela fonctionnera peut-être. - Il ne s’agit pas de cela.  -Vous ne croyez tout de même pas que Dieu, comme on disait autrefois, appelle des jeunes à le suivre? - Mais si, je le crois, et je le sais par expérience, et je crois que c’est là une vérité bonne à dire, car les jeunes qui s’entendent au plus intime d’eux­-mêmes appeler par leur nom, sont dans l’ignorance de ce qui leur arrive et trop souvent, s’ils s’en confient à un adulte, ils ne rencontrent que scepti­cisme et incompréhension et ne savent pas comment gérer cette expérience précieuse entre toutes. C’est de nombreuses conversations avec des jeunes à propos de leur vocation que sont nées les diffé­rentes idées développées dans ce livre. C’est ce qui explique le ton de l’ouvrage. Celui qui y chercherait  une étude bien charpentée de la vocation sera vraisemblablement déçu. Mais celui qui est affronté au problème de son avenir et pense que Dieu a quelque chose à y voir trouvera, peut-être, un encou­ragement, quelques conseils, une invitation à aller de l’avant sans crainte du qu’en-dira-t-on. J’espère que les parents, éducateurs ou clercs qui pourraient éventuellement accepter ce projet ne seront pas arrêtés par les entorses aux règles clas­siques d’un discours ordonné mais qu’ils l’accueil­leront pour ce qu’il veut être, une aide pour ceux dont ils ont la charge. 

Le livre des vocations, celui qui, depuis deux mille ans, sert à ceux qui, veulent savoir ce que Dieu désire d’eux, c’est l’Evangile. Cela explique la place qu’il tient dans cet ouvrage, et une certaine familiarité avec le livre sacré dont je m’excuse par avance mais que je souhaite à ceux pour qui j’écris.

tiré de « Samuel Samuel

Le livre des vocations »

Michel Pochet

Nouvelle cité. 1985

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