Deo Gratias

Pour connaître et aimer

Archive pour la catégorie 'Culture et société'

Des routes qui conduisent à Dieu

Posté : 10 mars, 2011 @ 1:46 dans Education et apostolat, Philosophie | Pas de commentaires »

La recherche désintéressée de la beauté, le souci passionné de la justice, l’amour du vrai, sont autant de routes qui conduisent à Dieu. Parfois on fait bien des détours, on s’égare même un peu ; mais on atteint toujours le but vers lequel on marchait sans connaître.

Elisabeth Leseur (1866-1914), Journal et pensées de chaque jour

Qui cherche la vérité

Posté : 16 février, 2011 @ 1:45 dans Education et apostolat, Philosophie | Pas de commentaires »

Qui cherche la vérité trouvera Dieu.

Elisabeth Leseur (1866-1914), Journal et pensées de chaque jour 

Pessimisme et optimisme

Posté : 9 janvier, 2011 @ 1:44 dans Education et apostolat, Formation de la personnalité, Morale, Politique, Société | Pas de commentaires »

Il y a une méthode de vie et de pensée que j’appellerai négative ; une autre que j’appellerai active. La première consiste à voir toujours ce qu’il y a de défectueux dans les hommes et les institutions, moins pour y remédier que pour avoir l’occasion d’en triompher ; à porter sans cesse ses regards en arrière et à chercher de préférence ce qui sépare et désunit.

La seconde consiste à regarder joyeusement en face la vie et les devoirs qu’elle impose, à chercher dans chaque être ce qu’il y a de bon pour le développer et le cultiver, à ne jamais désespérer de l’avenir, fruit de notre volonté ; à ressentir pour les fautes et les misères humaines cette compassion vaillante, qui produit l’action et ne nous permet plus la vie inutile.

Elisabeth Leseur (1866-1914), Journal et pensées de chaque jour

Le prétendu silence de Pie XII

Posté : 29 octobre, 2010 @ 8:00 dans Histoire, Sujets qui fâchent | Commentaires fermés

Les lignes qui suivent sont à la base un support d’exposé, ce qui explique leur style parfois télégraphique ou du moins dépouillé. 

Préambule : Certains ennemis de Dieu utilisent l’histoire de l’Eglise, soit en n’en montrant que ce qu’ils veulent y montrer, plus souvent en exagérant le mal qui a été commis, parfois même en fabriquant une légende de toutes pièces. I. L’accusation 

Pie XII n’aurait rien fait pour empêcher le génocide juif. Sous-entendu : Pie XII ne se souciait pas des juifs, voire était plus ou moins antisémite, voire éprouvait une certaine sympathie pour le nazisme. II. Même si je ne connais rien à l’histoire, qu’en dit ma raison ? 

Supposons ces allégations vraies. L’inaction supposée du pape ne serait-elle plutôt pas due : – à l’impuissance, – au souci de ne pas déclencher de représailles de la part des persécuteurs, 

– à l’absence de directives écrites et donc à l’absence de traces ? Les grands de ce monde, qui disposaient de plus de moyens, Roosevelt et Staline, notamment, ont-ils fait plus ? Leur en tient-on grief ? Les juifs eux-mêmes se sont-ils entraidés ? 

III. Que me dit la recherche historique ? 1° Pie XII remercié de toute part pour son action, notamment par des juifs a. Témoignages de reconnaissance :  Pendant la guerre Albert Einstein en 1940 

Lorsque la révolution nazie survint en Allemagne, c’est sur les universités que je comptais pour défendre la liberté, dont j’étais moi-même un amoureux, car je savais qu’elles avaient toujours mis en avant leur attachement à la cause de la vérité ; mais non, les universités furent immédiatement réduites au silence. Alors je me tournai vers les grands éditeurs de journaux, dont les éditoriaux enflammés des jours passés avaient proclamé leur amour de la liberté ; mais eux aussi, en quelques courtes semaines et comme les universités, furent réduits au silence. Dans la campagne entreprise par Hitler pour faire disparaître la vérité, seule l’Eglise catholique se tenait carrément en travers du chemin. Je ne m’étais jamais spécialement intéressé à l’Eglise auparavant, mais maintenant je ressens pour elle grande affection et admiration, parce qu’elle seule a eu le courage et la persévérance de se poser en défenseur de la vérité intellectuelle et de la liberté morale. Je suis donc bien forcé d’avouer que, maintenant, c’est sans réserve que je fais l’éloge de ce qu’autrefois je dédaignais. Albert Einstein, in Time, 1940 

D’autres témoignages 

Le peuple d’Israël n’oubliera jamais ce que Pie XII et ses éminents délégués [...] sont en train de faire pour nos malheureux frères et sœurs, au moment le plus tragique de notre histoire. C’est une preuve vivante de la divine providence dans ce monde. Isaac Herzog, grand rabbin de Jérusalem, 1944 

Le Saint-Siège prête son puissant soutien partout où il peut pour adoucir le sort de mes coreligionnaires persécutés. Chaïm Weizmann, futur premier président d’Israël, 1943 Les interventions répétées du Saint-Père en faveur des communautés juives d’Europe ont suscité chez les juifs du monde entier les plus profonds sentiments de reconnaissance et de gratitude. Rabbin Maurice Perlzweig, représentant le Congrès juif mondial, 1944 Nous avons entendu parler [...] de la part, ô combien importante, que le Saint-Père [a prise] dans le salut des juifs réfugiés en Italie, et nous savons de source sûre que ce grand pape a tendu sa main puissante et protectrice pour venir en aide aux populations opprimées de Hongrie. 

Joseph Proskauer, président de l’American Jewish Committee, 1944 Il n’y eut pas de paroles de réprobation du nazisme plus percutantes que celles du pape Pie XI et de son successeur Pie XII. Rabbin Louis Finkelstein, chancelier du Jewish Theological Seminary of America 

[J’ai dit au pape] que mon premier devoir était de le remercier, et à travers lui l’Eglise catholique, de la part des juifs, pour tout ce qu’ils avaient fait, dans divers pays, pour sauver nos coreligionnaires [...] Nous sommes profondément reconnaissants envers l’Eglise catholique. Moshé Sharett, futur ministre de l’Etat d’Israël, dans les derniers jours de la guerre 

Le président de la communauté israélite de Roumanie [...] est déjà venu deux fois me remercier de l’assistance et de la protection du Saint-Siège en faveur de ses coreligionnaires, me priant de transmettre au Saint-Père l’expression de la gratitude de toute sa communauté qui, en ces temps difficiles, avait trouvé dans la nonciature un appui efficace. Rapport du nonce en Roumanie Le rabbin de Zagreb m’a prié d’exprimer ses remerciements les plus vifs au Saint-Siège pour l’aide efficace qu’il a apportée au transport d’un groupe d’enfants juifs. Rapport du représentant du Saint-Siège en Croatie 

A la fin de la guerre Quelques mois après la fin de la guerre, le Congrès juif mondial fit un don de vingt mille dollars aux œuvres de charité du Vatican 

en reconnaissance des actions du Saint-Siège pour sauver les juifs des persécutions fascistes et nazies. 

En 1945, Maurice Edelman, président de l’Association anglo-juive, alla voir le pape pour le remercier de la part de la communauté juive d’Angleterre d’avoir sauvé des dizaines de milliers de juifs.  Le grand rabbin de Rome, Israël Zolli, se convertit à la religion catholique et entre dans l’Église avec sa femme et sa fille, le 13 février 1945, en choisissant pour prénom de baptême Eugène (Eugenio), c’est-à-dire le propre prénom du pape. Il désirait ainsi manifester l’importance qu’a eue le pape dans sa conversion, à commencer par son exemple de charité auprès des juifs. Après sa conversion, on lui a souvent demandé s’il s’était converti par gratitude envers le pape Pie XII. Il a toujours répondu négativement, ajoutant toutefois 

On pourrait dire du règne de Pie XII qu’il est inspiré par les paroles du prophète Isaïe : « La paix est l’harmonie, la paix est le salut pour ceux qui sont proches comme pour ceux qui sont loin, je veux tous les guérir » (Is. 57, 19). L’Église catholique aime toutes les âmes. Elle souffre avec tous et pour tous ; elle attend avec amour tous ses enfants sur le seuil sacré de Pierre, et ses enfants sont tous les hommes… Il n’existe pas de lieu de souffrances que l’esprit d’amour de Pie XII n’ait atteint… Au cours de l’histoire, aucun héros n’a commandé une telle armée. Aucune force militaire n’a été plus combattante, aucune n’a été plus combattue, aucune n’a été plus héroïque que celle menée par Pie XII au nom de la charité chrétienne. 

David de Sola Pool, rabbin de New York, présidant la commission des aumôniers israélites américains : 

Nous avons reçu de nos aumôniers militaires en Italie des rapports sur l’aide et la protection accordées à tellement de juifs italiens par le Vatican et les prêtres et institutions de l’Eglise pendant l’occupation du pays par les nazis. Nous sommes profondément émus par cette extraordinaire manifestation de la charité chrétienne, d’autant plus que nous savons les risques encourus par ceux qui se permettaient de protéger des juifs [...] Du plus profond de nos cœurs nous vous assurons de notre gratitude éternelle. 

L’aumônier israélite de la 5e Division américaine, stationnée en Italie : 

Sans les secours et l’aide considérables apportés aux juifs par le Vatican et les autorités ecclésiastiques de Rome, des milliers de réfugiés juifs auraient certainement péri avant que la ville ne fût libérée. 

Le docteur Raphaël Cantoni, futur président de l’Union des communautés juives italiennes : 

Six millions de mes coreligionnaires ont été assassinés par les nazis, mais il aurait pu y avoir beaucoup plus de victimes sans l’intervention efficace de Pie XII. 

A l’occasion du dixième anniversaire de la fin de la guerre En 1955, l’Union des communautés juives d’Italie proclama le 17 avril jour de reconnaissance pour le soutien du pape qui avait défié les nazis pendant la guerre. Toujours en 1955, l’orchestre philharmonique d’Israël se déplaça au Vatican pour y donner un concert. Son chef d’orchestre Paul Klecki avait demandé que, lors de sa première visite en Italie, 

l’orchestre joue pour le pape en signe de gratitude pour l’aide que son Eglise a donnée à toutes les victimes du fascisme nazi. 

A la mort de Pie XII, en 1958, Golda Meir, ministre des Affaires étrangères d’Israël, envoya au Vatican le télégramme suivant : 

Nous partageons la grande douleur de l’humanité [...] A l’heure où un terrible martyre s’abattit sur notre peuple, pendant la décennie de la terreur nazie, s’éleva la voix du pape pour les victimes. Notre époque se trouva enrichie par cette voix qui, avec véhémence, parlait des grandes vérités morales en dominant le tumulte des conflits quotidiens. Nous portons le deuil d’un grand serviteur de la paix. 

Avant le début d’un concert de l’orchestre philharmonique de New York, le chef d’orchestre Leonard Bernstein fit faire une minute de silence 

pour la disparition d’un très grand homme, le pape Pie XII. 

William Zuckerman, dans un journal juif canadien : 

[Aucune autre autorité] n’en a fait plus que le défunt pape pour aider les juifs à l’heure où ils vivaient leur plus grande tragédie, pendant l’occupation de l’Europe par les nazis. 

Des lecteurs de journaux israéliens avaient proposé 

[que l’on plante] une forêt Pie XII [en Israël] afin de perpétuer comme il convient les services pleins d’humanité rendus à la communauté juive européenne par le défunt pontife. 

b. Attaques des nazis ou de leurs alliés  En 1939, suite à élection de Pie XII, le Morgenpost écrit 

L’Allemagne ne voit pas d’un œil favorable l’élection du cardinal Pacelli, parce qu’il s’est toujours opposé au nazisme et que c’est lui qui orientait la politique [pro-juive] de son prédécesseur. 

Le Frankfurter Zeitung

Nombre de discours [de Pacelli] montre clairement qu’il ne comprend pas vraiment les motivations politiques et idéologiques qui ont commencé victorieusement à faire leur chemin en Allemagne. 

Allemagne seul pays d’Europe à ne pas envoyer de représentant au couronnement du pape. − En 1939, pape depuis quelques mois, Pie XII publie sa première encyclique Summi pontificatus. Réaction de von Bergen : 

[C’est une] attaque directe contre le IIIe Reich 

Réaction de Müller, chef de la Gestapo :

Cette encyclique est exclusivement dirigée contre l’Allemagne, tant du point de vue idéologique qu’à l’égard du conflit germano-polonais. On ne peut contester à quel point elle est dangereuse pour nos relations internationales et pour nos affaires internes.

En 1940, suite à l’envoi de télégrammes de condoléances aux souverains de Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg après l’invasion de leurs Etats. 

Avec un télégramme du pape, on a poussé le catholique roi de Belgique à faire répandre le sang de son peuple pour la cause des juifs, des francs-maçons et des banquiers de [Londres]. Organe du parti fasciste 

Suite au radiomessage de Noël 1942, dans lequel il cite « les populations vouées à l’extermination du seul fait de leur race », commentaire des services de sécurité allemands : 

[Cette déclaration] est dirigée contre le nouvel ordre européen représenté par le national-socialisme. [Pie XII] accuse virtuellement le peuple allemand d’injustice envers les juifs. Il s’est fait le porte-parole des juifs, criminels de guerre. 

En 1943, Heydrich : 

Le pape est un ennemi du national-socialisme bien pire que Churchill et Roosevelt. 

2° Pie XII a clairement condamné le nazisme et notamment ses théories raciales a. Avant la guerre  − Futur Pie XII participe au texte de Benoît XV condamnant l’antisémitisme (suite à pogroms en Pologne) Futur Pie XII nonce en Allemagne, puis secrétaire d’Etat du pape avant d’être lui-même élu quelques mois avant la guerre. Met en garde contre Hitler et son parti dès 1923. Soutient ouvertement plusieurs évêques allemands en opposition avec le régime, et notamment l’archevêque de Munich quand il dénonce l’antisémitisme nazi. Prépare concordat avec l’Allemagne. Ambassadeur britannique dans un rapport à son pays : 

Le cardinal secrétaire d’Etat, avec une extrême franchise ne fit aucun effort pour masquer son écœurement face aux méthodes du gouvernement d’Hitler. [...] [Il] déplora l’action du gouvernement à l’intérieur du pays, la persécution des juifs, [...] le régime de terreur auquel la nation entière était soumise. 

Prépare, en liaison avec évêques allemands, l’encyclique Mit brennender Sorge, diffusée aux Allemands en 1937. 

Mit brennender Sorge Quiconque prend la race ou le peuple ou l’Etat ou la forme de l’Etat ou les dépositaires du pouvoir ou toute autre valeur fondamentale de la communauté humaine [...] et les divinise par un culte idolâtrique, celui-là renverse et fausse l’ordre des choses créé et ordonné par Dieu : celui-là est loin de la vraie foi en Dieu. [Dieu] a en souverain maître donné ses commandements. Ils valent indépendamment du temps et de l’espace, du pays et de la race. De même que le soleil de Dieu luit sur tout visage humain, de même sa loi ne connaît ni privilège ni exception. Gouvernants et gouvernés, couronnés et non couronnés, grands et humbles, riches et pauvres sont également soumis à sa parole. Livrer la morale à l’opinion subjective des hommes, qui change suivant les fluctuations des temps, au lieu de l’ancrer dans la sainte volonté du Dieu éternel et dans ses commandements, c’est ouvrir la porte toute gde aux forces destructrices. L’abandon, qui en résulte, des éternels principes d’une morale objective [...] est un péché contre l’avenir du peuple, un péché dont les générations futures devront goûter les fruits amers. 

Le croyant a un droit inaliénable à professer sa foi et à la vivre comme elle veut être vécue. Des lois qui étouffent ou rendent difficile la profession et la pratique de cette foi sont en contradiction avec le droit naturel.  Des parents sérieux, conscients de leur devoir d’éducateurs, ont un droit primordial à régler l’éducation des enfants que Dieu leur a donnés, dans l’esprit de leur foi, en accord avec ses principes et ses prescriptions. Aux prêtres et aux religieux Ne vous lassez pas [...] d’exercer à la suite de Jésus Christ la charité et la sollicitude du bon samaritain. [...] . Soyez les consolateurs des affligés, les aides et les conseillers désintéressés de tous. 

− 1938. A l’occasion de la visite du caporal-président à Rome, quitte la ville avec le pape. b. Pendant la guerre  Elu pape quelques mois avant la guerre. Dénonce crimes nazis en Pologne, sans mention de l’appartenance religieuse des victimes (moitié catho, moitié juifs). 

Nous avons dû, hélas ! assister à un série d’actes inconciliables aussi bien avec les prescriptions du droit international qu’avec les principes du droit naturel et même les sentiments les plus élémentaires d’humanité. Ces actes exécutés au mépris de la dignité, de la liberté, de la vie humaine crient vengeance devant Dieu. Message de Noël 1939 

Dénonce spécifiquement crimes racistes : 

Le vœu [de la fin des combats], l’humanité le doit aux centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute propre, parfois uniquement en raison de leur nationalité ou de leur race, sont destinés à la mort ou à l’extermination progressive. Message de Noël 1942 

Soutient nommément les juifs : 

Quiconque établit une distinction entre les juifs et les autres hommes est infidèle et se trouve en contradiction avec les commandements. Message du 26 juin 1943 

1944. Guerre non terminée mais Rome libérée. Pie XII à un groupe de juifs romains venus le remercier de sa protection : 

Pendant des siècles, les juifs ont été méprisés et injustement traités. Il est temps qu’ils soient traités avec justice et humanité ; Dieu le veut et l’Eglise le veut. Saint Paul nous dit que les juifs sont nos frères. Il faut aussi les accueillir comme nos amis. 

3° Il s’est retenu de parler davantage  Réaction nazie très violente suite à lecture de Mit brennender SorgeAutres réactions violentes sur différents évêques allemands : plusieurs évêchés mis à sac, plusieurs prêtres tabassés, un évêque exilé. Demande de silence de l’épiscopat polonais après message de Noël 1939, de peur de redoublement de violence. Rafle de chrétiens et de juifs en 1942 aux Pays-Bas suite à protestation des évêques. 

[A propos des persécutions], toute parole de notre part, toute allusion publique, doivent être considérées et pesées avec un sérieux profond, dans l’intérêt de ceux-mêmes qui souffrent, de façon à ne pas rendre leur position encore plus difficile et intolérable. Discours du 2 juin 1943 Après bien des alarmes et des prières, j’ai jugé qu’une protestation de ma part, non seulement n’aurait bénéficié à personne, mais aurait provoqué les réactions les plus féroces contre les juifs et multiplié les actes de cruauté. Peut-être une protestation solennelle m’aurait apporté les louanges du monde civilisé, mais elle aurait valu aux malheureux juifs une persécution encore plus implacable que celle dont ils souffrent. J’aime les Hébreux, c’est justement parmi eux, le peuple élu, qu’est venu naître le Rédempteur. Je n’ai pas manqué non plus de faire remarquer à plusieurs reprises, en particulier à des diplomates de l’Amérique du sud, qu’il n’est pas vrai que le Saint-Siège se soit renfermé dans le silence en face d’une persécution aussi inhumaine, car plusieurs fois le Saint-Père y a fait une allusion très claire pour la condamner, tandis que, d’autre part, le danger de nouvelles rigueurs et d’une extension de mesures draconiennes à d’autres parties de l’Europe, comme par exemple à l’Italie et à la Hongrie, peuvent le conduire à une attente prudente et à une sage réserve. Nonce en France 

Au cours d’une audience, l’ambassadeur d’Italie fit remarquer au pape que les messages de condoléances qu’il avait envoyés aux souverains des pays neutres envahis par l’Allemagne avaient vivement mécontenté le chef du gouvernement italien. Devant les intimidations de l’ambassadeur, le pape répondit : 

Nous n’avons pas eu peur des revolvers braqués sur Nous une première fois ; Nous aurons moins peur encore une autre fois. [...] Les Italiens savent certainement les choses horribles qui se passent en Pologne. Nous devrions dire des paroles de feu contre des choses pareilles, et la seule chose qui Nous retient est le fait de savoir que, si Nous parlions, Nous rendrions encore plus dure la condition de ces malheureux. 

4° Il a agi a. Principalement par la voie diplomatique – Avant la guerre 

Quelques mois avant la guerre, le futur Pie XII écrit aux représentants de l’Eglise des Etats-Unis et du Canada pour attirer leur attention sur le sort des savants et professeurs juifs chassés d’Allemagne.  Pendant la guerre L’action diplomatique contre l’Allemagne et les pays occupés par elle était inutile voire néfaste. En revanche, le Saint-Siège a mené une action beaucoup plus soutenue auprès des pays vassaux ou alliés de l’Allemagne, en raison de la petite marge de liberté dont ils bénéficiaient. En Slovaquie : 

C’est avec une vive douleur que le Saint-Siège a appris que, en Slovaquie, dont la population est dans sa quasi-totalité catholique, on a publié une législation raciale contenant diverses dispositions directement opposées aux principes catholiques. Message de la secrétairerie d’Etat, 1941 

[Le Saint-Siège] se plaît à espérer que [les nouvelles de projet de déportation de juifs par le gouvernement slovaque] ne correspondent pas à la vérité, ne pouvant croire que, dans un pays qui entend s’inspirer des principes catholiques, on aille prendre des mesures aussi graves, et qui entraîneraient des difficultés pour tant de familles. 1942 

[J’ai redit au premier ministre slovaque] la pensée du Saint-Siège, qui lui avait été exprimée à plusieurs reprises. [...] Je lui ai dit que de telles actes sont une honte, spécialement pour un pays catholique. Cardinal Maglione, 1942 

En Roumanie : Lettre du représentant des juifs de Transylvanie du nord au Saint-Siège 

[Je sais] ce que l’Eglise catholique a fait jusqu’à présent pour les israélites de tous les pays. Je suis convaincu qu’aussi dans ces circonstances nous aurons son aide. Dr Ernest Grossman 

En Hongrie : 

Hier encore, j’ai réclamé sérieusement auprès du secrétaire général du ministère des Affaires étrangères contre une mesure du gouvernement, en soulignant encore une fois tout ce qu’il y avait d’inhumain et d’antichrétien dans la manière et dans l’étendue de la lutte menée contre les juifs. J’ai dit que le Saint-Père ne pourrait qu’être profondément attristé de voir que la Hongrie aussi, qui s’était jusqu’alors glorifiée d’être une nation chrétienne, s’était engagée sur une voie qui conduisait à se mettre en contradiction avec la doctrine de l’Evangile. Rotta, nonce en Hongrie 

De plusieurs côtés, on Nous supplie de tout mettre en œuvre pour que, dans cette noble et chevaleresque nation, ne soient étendues et aggravées les souffrances déjà si lourdes, endurées par un grand nombre de malheureux à cause de leur nationalité ou de leur race. Notre cœur de Père ne pouvant demeurer insensible à ces instantes supplications en raison de Notre ministère de charité qui embrasse tous les hommes, Nous Nous adressons personnellement à Votre Altesse, faisant appel à ses nobles sentiments, dans la pleine confiance qu’elle voudra bien faire tout ce qui est en son pouvoir pour que soient épargnées à tant de malheureux d’autres deuils et d’autres douleurs. Lettre de Pie XII à l’amiral Horthy, régent de Hongrie 

D’un point de vue humanitaire, mais aussi pour la sauvegarde de la morale chrétienne, le Saint-Siège élève sa protestation contre l’attitude inhumaine adoptée vis-à-vis des juifs [...] et prie le gouvernement d’intervenir avec la plus grande décision. Message du nonce au ministre des Affaires étrangères de Hongrie 

En France : Quand le gouvernement de la France occupée définit un statut de juif, le nonce réagit directement auprès du maréchal Pétain. Deux témoignages de cette prise de position : – compte rendu du nonce lui-même au secrétaire d’Etat : 

Je réagis assez vivement, déclarant que le Saint-Siège avait déjà manifesté ses idées sur le racisme, qui est à la base de toutes les dispositions prises vis-à-vis des juifs. 

– compte rendu de l’ambassadeur du Portugal, présent à cette entrevue : 

[Le nonce déclara :] le pape est absolument opposé aux mesures injustes qui ont été prises. Et je demande la permission au héros de Verdun [de savoir] si beaucoup de soldats qui sont morts glorieusement pour la France n’étaient pas juifs, et s’il est sûr que le soldat inconnu qui repose sous l’Arc de triomphe n’était pas juif. 

J’ai parlé plusieurs fois au ministre des Affaires étrangères [...] et avec le chef de l’Etat lui-même, du très douloureux problème. Nonce en France 

b. Mais aussi par l’aide directe en Italie et surtout à Rome  Témoignages 

Tous les réfugiés évoquent l’aide louable du Vatican. Des prêtres ont mis leur propre vie en danger pour cacher et sauver des juifs. Le pape lui-même a participé à l’opération de sauvetage des juifs. Lettre du soldat Eliyahu Lubisky, publiée le 4 août 1944 Des milliers de nos frères ont été sauvés dans les couvents, les églises, les zones extraterritoriales. Rapport du commissaire extraordinaire des communautés juives de Rome, Silvio Ottolenghi, 15 octobre 1944 

Le pape a été le seul à intervenir pour empêcher la déportation de juifs le 16 octobre 1943 et il a fait énormément pour cacher et sauver des milliers d’entre nous. [...] La confusion régnait en ces jours-là mais tout le monde savait que le pape et l’Eglise allait nous aider. Après le coup de force des nazis, le pape, qui avait déjà ordonné l’ouverture des monastères, écoles et églises pour sauver les persécutés, ouvrit également les couvents cloîtrés pour leur permettre de se cacher. Michael Tagliacozzo, juif 

Etat d’Israël veut honorer publiquement le cardinal Montini pour ses actions en faveur des juifs. Réponse : 

Je n’ai fait que mon devoir. Et, de plus, j’ai agi sous les ordres du Saint-Père. 

Réponse similaire du cardinal Roncalli. – Directives écrites de Pie XII, parfois autographes : 

Le Saint-Père veut sauver ses enfants, y compris les juifs, et ordonne aux monastères d’accorder l’hospitalité aux persécutés. 

En raison de la situation, la plupart des directives de ce genre ont vraisemblablement été orales et n’ont donc laissé d’autres traces que des témoignages de survivants. IV. Mais alors, d’où vient cette légende ? 1° Rolf Hochhuth, Der Stellvertreter (le Vicaire), 1963 

Auteur dont la principale préoccupation semble être de disculper l’Allemagne des crimes nazis ou de lui faire partager cette responsabilité avec d’autres. Histoire reprise par le film de Constantin Costa-Gravas, Amen, 2002. Œuvres de fiction. Origine connue depuis 2007 par révélation faite par général Pacepa, ancien des services secrets roumains, recruté ensuite par les services secrets américains : pièce écrite et diffusée à la demande des services secrets soviétiques et roumains. 

2° John Cornwell, Hitler’s pope, 1999 Auteur contesté pour des ouvrages sur d’autres sujets Rétractation partielle en 2004 

Conclusion – En résumé : - Pie XII n’a rien de nazi dans ses opinions. Il l’a manifesté ouvertement et plusieurs fois. Il est l’un des premiers en Europe à avoir mis en garde contre le péril nazi. Il n’a même pas considéré le nazisme comme un moindre mal par rapport au communisme. 

- Pie XII a agi en faveur des persécutés, catholiques ou non, principalement par l’action diplomatique hors d’Italie, et par des aides directes à Rome et en Italie. – Au-delà de cette prétendue affaire Pie XII, - Il est petit de se donner bonne conscience aux frais des générations passées. « Malheur à vous, qui dites : Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous n’aurions pas versé comme eux le sang des prophètes ! » Matthieu XXIII, 30 - Garder tête froide et esprit critique. 

* Le communisme en diffusant cette légende ne chercherait-il pas à faire oublier ses propres persécutions ou son alliance avec le nazisme ? * La plupart des associations juives n’apportaient aucun soutien aux juifs devenus chrétiens, alors qu’ils étaient victimes eux aussi de la persécution et en certains pays nombreux. Il y aurait long à dire aussi sur l’absence de soutien voire le dédain des juifs séfarades envers les ashkénazes, notamment entre les juifs français, souvent socialement bien placés et peu pratiquants et les juifs originaires d’Europe centrale et orientale, très différents d’eux d’un point de vue social, culturel et religieux.  * Les gens qui reprochent au pape son silence sont curieusement ceux qui ne l’écoutent pas… – Il est normal que le monde s’attaque à Dieu en s’attaquant à l’Eglise et notamment au pape. « S’ils ont traité le maître de Béelzéboul, comment traiteront-ils donc les siens ! » Matthieu X, 25 « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’ont haï avant vous. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. » Jean XV, 18. 20 

« Heureux serez-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement toute sorte de mal contre vous à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ; c’est ainsi en effet qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés » Matthieu V, 11-12

Bibliographie

Pierre BLET, Pie XII et la seconde guerre mondiale d’après les archives du Vatican, 1997. Cet ouvrage est un résumé de l’ensemble du travail de recherche réalisé dans les archives du Vatican par une équipe d’historiens à la demande de Paul VI. Les étudiants et diplômés en histoire se retrouveront dans un tel ouvrage, mais le grand public le trouvera peut-être aride et trop détaillé. C’est à ma connaissance  le meilleur livre sur le sujet.

David DALIN, Pie XII et les juifs. Le gros avantage de cet ouvrage est qu’il est écrit par un rabbin, donc un personnage peu suspect de complaisance envers un ennemi du peuple juif. Il déborde du sujet en donnant de nombreux exemples de la protection des juifs par les papes au fil des siècles, mais aussi de la prise de position pronazie du grand mufti de Jérusalem pendant la guerre. Le gros inconvénient du livre est qu’il se départit souvent de l’impartialité que l’on est en droit d’attendre d’un ouvrage historique. Un esprit critique repèrera vite l’amalgame entre antisémitisme et antisionisme, entre monde arabe et monde musulman dans le dernier chapitre.

Pie XI, Mit brennender Sorge. L’encyclique condamnant le nazisme est éditée par l’Homme nouveau et vendue à un prix modique. Les autres textes pontificaux, s’ils ne sont plus publiés en France, sont faciles à trouver sur le site du Saint-Siège vatican.va

Quelques considérations politiques

Posté : 28 octobre, 2010 @ 5:11 dans Politique | Commentaires fermés

Avant de pouvoir espérer introduire les principes de la loi évangélique dans la législation, les hommes politiques chrétiens auront pour tâche de défendre et de promouvoir les principes de la loi naturelle. Et quand on voit le peu de chance d’amélioration immédiate dans ce domaine même de la loi naturelle au niveau de l’Etat, on doit convenir que, pour le moment, l’action politique consiste de plus en plus à en freiner la chute.

De telles constatations permettent de toucher du doigt l’inanité de formules ordonnées à la mise en place rapide d’un pouvoir catholique.

Sans doute, des formules de ce genre trouvent-elles un écho complice dans la puissance du rêve qui sommeille en tout homme et qui, en l’occurrence, lui laisse espérer avoir trouvé la formule magique pour sortir rapidement des difficultés, rêve qui prend d’autant plus facilement corps que ces méthodes ne passent pas par l’accomplissement des devoirs d’état toujours si astreignants… Et puis, n’est-il pas exaltant de mener son combat au coude à coude serré entre gens pensant de même ? N’est-il pas exaltant de partager les mêmes émotions à l’audition de discours enflammés des leaders beaux parleurs qui font rarement défaut à ce genre d’organisation ?

Ceci dit, on ne peut nourrir l’espoir de restaurer un Etat catholique tant qu’un tissu social (familles et corps intermédiaires) suffisamment catholique ne sera pas rétabli. Car si le rôle de l’Etat est de perfectionner, redresser, compléter, harmoniser, aider les familles et les corps intermédiaires, le rétablissement d’un Etat sain suppose l’existence d’un consensus suffisant de familles et de corps intermédiaires sains.

De plus, s’il est vain de miser sur le rétablissement rapide d’un pouvoir catholique, il l’est tout autant d’escompter former les cadres politiques de demain par la participation aux formules d’action grégaire dont il était question plus haut.

En effet, sortir les hommes des cadres de leurs devoirs d’état afin de leur proposer un combat dans un des mouvements grégaires et massifiés, n’éduque pas à l’exercice des responsabilités naturelles à un plus haut niveau.

C’est l’exercice du pouvoir de décision dans le cadre des communautés naturelles que sont la famille et les corps intermédiaires qui éduque le mieux ceux qui en possèdent les virtualités à pouvoir bien exercer des responsabilités au niveau de cette communauté supérieure qu’est l’Etat.

Toutes ces considérations, si elles nous montrent le peu d’efficacité qu’il y a à attendre actuellement au niveau de l’Etat, nous conduisent insensiblement à parler de la cellule de base de la société qu’est la famille.

L’aspiration à Dieu

Posté : 6 octobre, 2010 @ 1:40 dans Education et apostolat, Philosophie | Pas de commentaires »

Ce besoin ardent de justice, cette flamme du bien qui est en nous, cet amour profond pour tout ce qui, dans l’humanité, souffre ou gémit, tout cela n’est, ne peut être qu’une aspiration inconsciente vers cet Amour et cette Justice infinie, vers ce Bien suprême qui est Dieu.

Elisabeth Leseur (1866-1914), Journal et pensées de chaque jour 

L’uniatisme ne serait plus d’actualité pour l’Eglise catholique.

Posté : 5 octobre, 2010 @ 6:52 dans Histoire de l'Eglise, Sujets qui fâchent | Pas de commentaires »

Ci-dessous quelques réflexions d’un lecteur de Famille chrétienne suite à un article ambigu de février 2010. Ce modeste texte apporte un éclairage bien argumenté à un sujet habituellement laissé dans l’ombre ou au moins dans le flou.

Le saviez-vous ? FC ne professe plus la foi de l’Eglise ! 

Et comment ? En sacrifiant l’entrée de non catholiques dans l’Eglise à la sérénité du dialogue interreligieux, c’est-à-dire en sacrifiant la fin au moyen – pas avec les musulmans, ni avec les juifs, ni même avec les protestants ou les lefebvristes, mais avec les orthodoxes. 

J’avais déjà relevé plusieurs fois sous la plume de l’un ou l’autre des journalistes de Famille chrétienne des flous qui entretenaient la confusion entre latins et catholiques, d’une part, byzantins et orthodoxes, d’autre part, confusion dans laquelle certains orthodoxes se complaisent, mais dans l’article « Entre Rome et Moscou, le grand réchauffement » du numéro du 20 février dernier ce n’est plus du tout flou. 

Comparez vous-même : 

 

Ce qu’on dit les invités de Famille chrétienne 

 

[Les catholiques disent que l’uniatisme n’est pas la bonne méthode.] En 1993, la Commission internationale de dialogue catholique-orthodoxe a déclaré que ce que l’on appelle « uniatisme » était une « méthode d’union du passé ». 

Père Hyacinthe Destivelle, Famille chrétienne, n° 1675, p. 10 

 

Des « Eglises particulières », en Pologne, en Ukraine, entrèrent en communion avec Rome, notamment au xvie siècle. C’est ce qu’on a appelé l’uniatisme. Ce faisant, elles se coupèrent de leur Eglise-mère d’Orient, une situation qui devint une autre source de conflit durable avec les catholiques. 

Père Richard Escudier, Famille chrétienne, n° 1675, p. 10 

 

Ce que dit le magistère de l’Eglise : 

 

Les fidèles sont tenus de professer qu’il existe une continuité historique – fondée sur la succession apostolique – entre l’Eglise instituée par le Christ et l’Eglise catholique : « C’est là l’unique Eglise du Christ [...] que notre sauveur, après sa résurrection, remit à Pierre pour qu’il en soit le pasteur (cf. Jn 21, 17), qu’il lui confia, à lui et aux autres apôtres, pour la répandre et la diriger (cf. Mt 28, 18 ss.), et dont il a fait pour toujours la « colonne et le fondement de la vérité » (cf. 1 Tm 3, 15). Cette Eglise comme société constituée et organisée en ce monde, c’est dans l’Eglise catholique qu’elle se trouve [subsistit in], gouvernée par le successeur de Pierre et les Evêques qui sont en communion avec lui ». Par l’expression subsistit in, le concile Vatican II a voulu proclamer deux affirmations doctrinales : d’une part, que malgré les divisions entre chrétiens, l’Eglise du Christ continue à exister en plénitude dans la seule Eglise catholique ; d’autre part, « que des éléments nombreux de sanctification et de vérité subsistent hors de ses structures », c’est-à-dire dans les Eglises et Communautés ecclésiales qui ne sont pas encore en pleine communion avec l’Eglise catholique. Mais il faut affirmer de ces dernières que leur « force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Eglise catholique ». 

Il existe donc une unique Eglise du Christ, qui subsiste dans l’Eglise catholique, gouvernée par le successeur de Pierre et les Evêques en communion avec lui. Les Eglises qui, quoique sans communion parfaite avec l’Eglise catholique, lui restent cependant unies par des liens très étroits comme la succession apostolique et l’Eucharistie valide, sont de véritables Eglises particulières. Par conséquent, l’Eglise du Christ est présente et agissante dans ces Eglises, malgré l’absence de la pleine communion avec l’Eglise catholique, provoquée par leur non-acceptation de la doctrine catholique du Primat, que l’Evêque de Rome, d’une façon objective, possède et exerce sur toute l’Eglise conformément à la volonté divine. 

[...] 

« [Il n’est pas permis] aux fidèles d’imaginer que l’Eglise du Christ soit simplement un ensemble – divisé certes, mais conservant encore quelque unité – d’Eglises et de Communautés ecclésiales ; et ils n’ont pas le droit de tenir que cette Eglise du Christ ne subsiste plus nulle part aujourd’hui de sorte qu’il faille la tenir seulement pour une fin à rechercher par toutes les Eglises en commun ». En effet, « les éléments de cette Eglise déjà donnée existent, unis dans toute leur plénitude, dans l’Eglise catholique et, sans cette plénitude, dans les autres Communautés ». « En conséquence, ces Eglises et Communautés séparées, bien que nous les croyions souffrir de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d’elles comme de moyens de salut, dont la force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Eglise catholique ». 

Le manque d’unité entre les chrétiens est certes une blessure pour l’Eglise, non pas comme privation de son unité, mais « en tant qu’obstacle pour la réalisation pleine de son universalité dans l’histoire ». 

Déclaration Dominus Jesus, 2000, chap. IV « Unicité et unité de l’Eglise », §§ 16-17 

 

[Nos frères séparés] soit eux-mêmes individuellement, soit leurs communautés ou leurs Eglises, ne jouissent pas de cette unité que Jésus Christ a voulu dispenser à tous ceux qu’il a régénérés et vivifiés pour former un seul Corps en vue d’une vie nouvelle, et qui est attestée par l’Ecriture sainte et la vénérable Tradition de l’Eglise. C’est, en effet, par la seule Eglise catholique du Christ, laquelle est le « moyen général de salut », que peut s’obtenir toute la plénitude des moyens de salut. Car, c’est au seul collège apostolique, présidé par Pierre, que furent confiées, selon notre foi, toutes les richesses de la Nouvelle Alliance. 

[...] 

Rendant grâce à Dieu de ce que beaucoup d’Orientaux, fils de l’Eglise catholique, qui gardent ce patrimoine et désirent en vivre plus purement et pleinement, vivent déjà en pleine communion avec leurs frères qui observent la tradition occidentale, le saint Concile déclare que tout ce patrimoine spirituel et liturgique, disciplinaire et théologique, dans ses diverses traditions, fait pleinement partie de la catholicité et de l’apostolicité de l’Eglise. 

Décret conciliaire Unitatis redintegratio, 1964, § 17 

Nous sommes disposés à poursuivre cordialement [le dialogue œcuménique]. Nous dirons plus : que sur de nombreux points qui nous différencient, en fait de tradition, de spiritualité, de lois canoniques, de culte, Nous sommes prêts à étudier comment répondre aux légitimes désirs de nos frères chrétiens, encore séparés de nous. Rien ne peut nous être plus désirable que les embrasser dans une parfaite union de foi et de charité. Mais Nous devons dire aussi qu’il n’est pas en notre pouvoir de transiger sur l’intégrité de la foi et sur les exigences de la charité. Nous entrevoyons des défiances et des résistances à cet égard. Mais maintenant que l’Eglise catholique a pris l’initiative de recomposer l’unique bercail du Christ, elle ne cessera d’avancer en toute patience et avec tous les égards possibles ; elle ne cessera pas de montrer comment les prérogatives qui tiennent encore éloignés d’elle les frères séparés ne sont pas le fruit d’ambitions historiques ou d’une spéculation théologique imaginaire, mais qu’elles dérivent de la volonté du Christ et que, comprises dans leur véritable signification, elles tournent au bien de tous, servent à l’unité commune, à la liberté commune et à la commune plénitude chrétienne. [...] 

Une pensée à cet égard Nous afflige, celle de voir que c’est précisément Nous, défenseur de cette réconciliation, qui sommes considéré par beaucoup de nos frères séparés comme l’obstacle, à cause du primat d’honneur et de juridiction que le Christ a conféré à l’apôtre Pierre, et que nous avons hérité de lui. Certains ne disent-ils pas que si la primauté du Pape était écartée, l’union des Eglises séparées avec l’Eglise catholique serait plus facile ? Nous voulons supplier les frères séparés de considérer l’inconstance d’une telle hypothèse. [...] 

Et il faut aussi considérer que ce pivot central de la sainte Eglise ne veut pas constituer une suprématie d’orgueil spirituel et de domination humaine, mais une supériorité de service, de ministère et d’amour. 

Encyclique Ecclesiam suam, 1964, §§ 113-114 

 

Quand bien même nous n’aurions pas ces textes, nous avons notre raison. Et celle-ci peut nous inspirer les réflexions suivantes. 

 

1° Supposons qu’un chrétien séparé se rende compte de l’état de schisme dans lequel il vit malgré lui et de son inadéquation avec le plan de Dieu. Sa conscience lui impose alors de rejoindre l’Eglise catholique en se rangeant sous la houlette d’un évêque en communion avec le successeur de Pierre et donc en quittant la houlette de l’évêque séparé qu’il suivait jusque-là – indépendamment de la sainteté ou des qualités pastorales respectives de ces évêques. Autrement dit, ce chrétien devient uniate. 

Si l’uniatisme est « du passé », alors que reste-t-il à ce chrétien désireux de quitter le schisme ? 

Soit il abandonne son rite, ce qui lui serait à la fois très difficile et fort dommage et que l’Eglise, à ma connaissance, n’a jamais encouragé, encore moins exigé (sauf cas de mariage). 

Soit – et cela semble être l’opinion des pères Destivelle et Escudier – il attend patiemment que la patriarcat séparé dont il dépend redevienne catholique. Il va peut-être attendre longtemps… 

 

2° Si l’uniatisme est mauvais ou, du moins, mauvais pour notre époque, alors pourquoi notre magazine favori se félicite-t-il de la création d’un statut particulier pour les anglicans désireux d’être en communion avec le siège de Pierre ? pourquoi salue-t-il les prêtres de la fraternité Saint-Pie X qui l’ont quittée par fidélité à l’Eglise et ont fondé la fraternité Saint-Pierre en 1988 ou l’institut du Bon Pasteur plus récemment ? 

Qu’est-ce là sinon de l’uniatisme qui n’en a pas le nom ? 

 

Mais dans le fond, que reproche-t-on aux uniates ? 

D’être catholiques ? – Certainement pas. 

D’être de rite byzantin ? – Pas davantage. 

Ce qu’on leur reproche, c’est de déplaire aux orthodoxes. 

Et pourquoi leur déplaisent-ils ? – Parce qu’ils sont la preuve vivante de l’absence de fondement de leur schisme : ils montrent par leur seule existence que les Eglises orthodoxes n’ont rien à perdre à revenir à l’Eglise catholique, ni leur liturgie, ni leur discipline, ni leur spiritualité, juste un peu de fierté mal placée. 

C’est pourquoi, il me paraît important de ne pas entretenir la confusion mentionnée plus haut entre latins et catholiques, d’une part, byzantins et orthodoxes, d’autre part. Bien que cette confusion ne soit généralement le fait que de l’ignorance ou d’une volonté de simplification, l’entretenir entretient le schisme et donc dessert le plan de Dieu sur son Eglise. 

 

En fait, les uniates partagent la foi du patriarcat de Constantinople pendant près de mille ans, soit la moitié de son existence à ce jour. Ils partagent la foi de saint Jean Chrysostome et des saints Cyrille et Méthode, pour ne citer qu’eux parmi les nombreux saints catholiques de rite byzantin. Ils partagent également la foi de l’Eglise italo-albanaise, qui a toujours été catholique et a toujours suivi le rite byzantin. 

 

Ce qui est vrai, ce n’est pas que l’Eglise catholique réprouverait l’uniatisme en tant que tel, c’est que ce n’est plus son approche pastorale principale : elle privilégie le dialogue au niveau de la tête, le patriarcat (de Moscou ou de Constantinople selon le cas), et non au niveau des membres, le chrétien ou la communauté locale. Mais l’objectif final de cette approche est le même : permettre aux chrétiens séparés de revenir à la pleine communion avec le successeur de Pierre, qui est – que ça nous plaise ou non – celui que Jésus, chef de l’Eglise, a établi comme chef en son nom sur l’Eglise terrestre. 

 

Deux histoires avant de conclure : 

1° Saint Jean Chrysostome, archevêque de Constantinople, a connu l’exil et quasiment le martyre de la part des autorités politiques de l’époque. Le clergé qui lui restait fidèle a été destitué et remplacé par un autre à la solde de l’Etat. Il s’en est suivi l’excommunication de l’Eglise de Constantinople par le pape, excommunication qui n’a été levée qu’à la réhabilitation de saint Jean Chrysostome par sa propre Eglise, plus de trente ans plus tard. 

Le clergé et les fidèles restés clandestinement fidèles à leur archevêque saint Jean Chrysostome pendant ces trente années sont dans une situation bien proche de celle des uniates aujourd’hui. Actuellement, on peut dire que l’histoire leur a donné raison. 

 

2° Une bien belle histoire parue dans la revue de l’Aide à l’Eglise en détresse, Eglise dans le monde, n° 138, citant elle-même Correspondances européennes du 17 janvier 2008. 

[Dans] un village de Roumanie était posée la première pierre de la première église dédiée [à saint Pio de Pietrelcina]. L’événement a eu lieu à Pescana, dans la région de la Valcea, en Roumanie centre-méridionale, grâce au père Victor Tudor, prêtre orthodoxe qui, après avoir été témoin d’un miracle réalisé par Dieu grâce à l’intercession du saint capucin, a voulu entrer dans l’Eglise catholique, suivi de tous ses paroissiens. 

Les faits remontent à 2002. A Lucrecia Tudor, mère du père Victor, à l’époque âgée de soixante et onze ans, on avait diagnostiqué une tumeur au poumon gauche. Les médecins roumains lui déclarèrent qu’il lui restait seulement quelques mois à vivre et qu’une intervention chirurgicale ne pouvait pas même être tentée. Le père Victor demanda donc l’aide de son frère, Mariano Tudor, jeune peintre roumain, expert en iconographie, vivant et travaillant à Rome, dans l’espoir qu’il connaîtrait quelque médecin italien capable de réaliser l’impossible. 

A ce moment-là, sa mère vint donc à Rome pour consulter un chirurgien, qui déclara inutile toute intervention. A cette époque, Mariano travaillait à la réalisation d’une mosaïque dans une église et sa mère l’accompagnait. 

Il y avait là une statue du Padre Pio. Elle demanda à son fils de qui il s’agissait. Les jours suivants, elle passa de nombreuses heures devant la statue. Quinze jours après, lors d’un contrôle, les médecins constatèrent avec stupeur que la tumeur avait disparu. 

« La guérison prodigieuse de ma mère, accomplie par le Padre Pio en faveur d’une femme orthodoxe, me toucha profondément » a raconté le père Victor. « Je commençai alors à lire la vie de ce saint italien et je racontai à mes paroissiens ce qui m’était arrivé… Ce fut ainsi que, dans ma paroisse, on commença à connaître, à aimer et à recevoir des grâces du Padre Pio », si bien que tous décidèrent de devenir catholiques. Ils décidèrent de construire une église dont la première pierre fut posée par Mgr Muresan, le métropolite. 

 

Et deux remarques pour clore le sujet : 

1° J’ai repris le terme « uniate » utilisé dans votre article ; c’est surtout par commodité. En fait, ce terme est souvent revêtu d’une connotation péjorative. Il n’est utilisé, à ma connaissance, ni par les catholiques de rite oriental, ni par les documents officiels romains. 

De la même façon, le terme « orthodoxe » désigne ici les chrétiens séparés reconnaissant les sept premiers conciles œcuméniques et suivant le rite byzantin. Mais ces réflexions peuvent, bien sûr, s’étendre aux autres rites orientaux. 

 

2° La remarque qui suit est un peu incisive, mais malheureusement vraie. 

Fallait-il attendre du père Destivelle une position conforme à la doctrine de l’Eglise, alors que, un paragraphe plus haut, il laisse entendre qu’il ne reçoit pas intégralement l’enseignement d’un concile œcuménique (Vatican I en l’occurrence) ? 

 

Les choses qui ont l’air de réussir toutes seules…

Posté : 14 septembre, 2010 @ 1:26 dans Morale, Politique | Pas de commentaires »

« Les choses qui ont l’air de réussir toutes seules sont celles, au contraire, sur lesquelles on a longuement médité » Bx Père Brottier

L’enfer, c’est de ne plus aimer

Posté : 12 mars, 2010 @ 10:22 dans Société | Pas de commentaires »

« L’enfer c’est de ne plus aimer. Tant que nous sommes en vie, nous pouvons nous faire illusion, croire que nous aimons par nos propres forces, que nous aimons hors de Dieu. Mais nous ressemblons à des fous qui tendent les bras vers le reflet de la lune dans l’eau. »

 » On juge l’enfer d’après les maximes de ce monde et l’enfer n’est pas de ce monde. Il n’est pas de ce monde, et moins encore du monde chrétien. Un châtiment éternel, une éternelle expiation – le miracle est que nous puissions en avoir l’idée ici-bas, alors que la faute à peine sortie de nous, il suffit d’un regard, d’un signe, d’un muet appel pour que le pardon nous fonce dessus, du haut des cieux, comme un aigle. Ah! Que c’est le plus misérable des hommes vivants, s’il croit ne plus aimer, garde encore la puissance d’aimer. Notre haine même rayonne et le moins torturé des démons s’épanouirait dans ce que nous appelons le désespoir, ainsi que dans un lumineux, un triomphal matin. L’enfer, Madame, c’est de ne plus aimer. Ne plus aimer, cela sonne à vos oreilles ainsi qu’une expression familière. Ne plus aimer signifie pour un homme aimer moins, ou aimer ailleurs. Et si cette faculté qui nous paraît inséparable de notre être, notre être même – comprendre est encore une façon d’aimer- pouvait disparaître, pourtant? Ne plus aimer, ne plus comprendre, ô prodige! L’erreur commune à tous est d’attribuer à ces créatures abandonnées quelque chose encore de nous, de notre perpétuelle mobilité alors qu’elles sont hors du temps, hors du mouvement, fixées pour toujours. Hélas, si Dieu nous menait par la main vers l’une de ces choses douloureuses, eût-elle été jadis l’ami le plus cher, quel langage lui parlerions-nous? Certes, qu’un homme vivant, notre semblable, le dernier de tous, vil entre les vils, soit jeté tel quel dans ces limbes ardentes, je voudrais partager son sort, j’irais le disputer à son bourreau. Partager son sort!… Le malheur, l’inconcevable malheur de ces pierres embrasées qui furent des hommes, c’est qu’elles n’ont plus rien à partager. » 

Le Journal d’un curé de campagne Bernanos 

 

Le péché contre l’espérance

Posté : 22 février, 2010 @ 10:17 dans Société, Souffrance | Pas de commentaires »

 » Le péché contre l’espérance -le plus mortel de tous, et peut-être le mieux accueilli, le plus caressé. Il faut beaucoup de temps pour le reconnaître, et la tristesse qui l’annonce, le précède, est si douce… C’est le plus riche des élexirs du démon, son ambroisie. Car l’angoisse… (La page a été déchirée) » 

Le Journal d’un curé de campagne Bernanos 

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