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Pour connaître et aimer

L’uniatisme ne serait plus d’actualité pour l’Eglise catholique.

Classé dans : Histoire de l'Eglise,Sujets qui fâchent — 5 octobre 2010 @ 18 06 52

Ci-dessous quelques réflexions d’un lecteur de Famille chrétienne suite à un article ambigu de février 2010. Ce modeste texte apporte un éclairage bien argumenté à un sujet habituellement laissé dans l’ombre ou au moins dans le flou.

Le saviez-vous ? FC ne professe plus la foi de l’Eglise ! 

Et comment ? En sacrifiant l’entrée de non catholiques dans l’Eglise à la sérénité du dialogue interreligieux, c’est-à-dire en sacrifiant la fin au moyen – pas avec les musulmans, ni avec les juifs, ni même avec les protestants ou les lefebvristes, mais avec les orthodoxes. 

J’avais déjà relevé plusieurs fois sous la plume de l’un ou l’autre des journalistes de Famille chrétienne des flous qui entretenaient la confusion entre latins et catholiques, d’une part, byzantins et orthodoxes, d’autre part, confusion dans laquelle certains orthodoxes se complaisent, mais dans l’article « Entre Rome et Moscou, le grand réchauffement » du numéro du 20 février dernier ce n’est plus du tout flou. 

Comparez vous-même : 

 

Ce qu’on dit les invités de Famille chrétienne 

 

[Les catholiques disent que l’uniatisme n’est pas la bonne méthode.] En 1993, la Commission internationale de dialogue catholique-orthodoxe a déclaré que ce que l’on appelle « uniatisme » était une « méthode d’union du passé ». 

Père Hyacinthe Destivelle, Famille chrétienne, n° 1675, p. 10 

 

Des « Eglises particulières », en Pologne, en Ukraine, entrèrent en communion avec Rome, notamment au xvie siècle. C’est ce qu’on a appelé l’uniatisme. Ce faisant, elles se coupèrent de leur Eglise-mère d’Orient, une situation qui devint une autre source de conflit durable avec les catholiques. 

Père Richard Escudier, Famille chrétienne, n° 1675, p. 10 

 

Ce que dit le magistère de l’Eglise : 

 

Les fidèles sont tenus de professer qu’il existe une continuité historique – fondée sur la succession apostolique – entre l’Eglise instituée par le Christ et l’Eglise catholique : « C’est là l’unique Eglise du Christ [...] que notre sauveur, après sa résurrection, remit à Pierre pour qu’il en soit le pasteur (cf. Jn 21, 17), qu’il lui confia, à lui et aux autres apôtres, pour la répandre et la diriger (cf. Mt 28, 18 ss.), et dont il a fait pour toujours la « colonne et le fondement de la vérité » (cf. 1 Tm 3, 15). Cette Eglise comme société constituée et organisée en ce monde, c’est dans l’Eglise catholique qu’elle se trouve [subsistit in], gouvernée par le successeur de Pierre et les Evêques qui sont en communion avec lui ». Par l’expression subsistit in, le concile Vatican II a voulu proclamer deux affirmations doctrinales : d’une part, que malgré les divisions entre chrétiens, l’Eglise du Christ continue à exister en plénitude dans la seule Eglise catholique ; d’autre part, « que des éléments nombreux de sanctification et de vérité subsistent hors de ses structures », c’est-à-dire dans les Eglises et Communautés ecclésiales qui ne sont pas encore en pleine communion avec l’Eglise catholique. Mais il faut affirmer de ces dernières que leur « force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Eglise catholique ». 

Il existe donc une unique Eglise du Christ, qui subsiste dans l’Eglise catholique, gouvernée par le successeur de Pierre et les Evêques en communion avec lui. Les Eglises qui, quoique sans communion parfaite avec l’Eglise catholique, lui restent cependant unies par des liens très étroits comme la succession apostolique et l’Eucharistie valide, sont de véritables Eglises particulières. Par conséquent, l’Eglise du Christ est présente et agissante dans ces Eglises, malgré l’absence de la pleine communion avec l’Eglise catholique, provoquée par leur non-acceptation de la doctrine catholique du Primat, que l’Evêque de Rome, d’une façon objective, possède et exerce sur toute l’Eglise conformément à la volonté divine. 

[...] 

« [Il n’est pas permis] aux fidèles d’imaginer que l’Eglise du Christ soit simplement un ensemble – divisé certes, mais conservant encore quelque unité – d’Eglises et de Communautés ecclésiales ; et ils n’ont pas le droit de tenir que cette Eglise du Christ ne subsiste plus nulle part aujourd’hui de sorte qu’il faille la tenir seulement pour une fin à rechercher par toutes les Eglises en commun ». En effet, « les éléments de cette Eglise déjà donnée existent, unis dans toute leur plénitude, dans l’Eglise catholique et, sans cette plénitude, dans les autres Communautés ». « En conséquence, ces Eglises et Communautés séparées, bien que nous les croyions souffrir de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d’elles comme de moyens de salut, dont la force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Eglise catholique ». 

Le manque d’unité entre les chrétiens est certes une blessure pour l’Eglise, non pas comme privation de son unité, mais « en tant qu’obstacle pour la réalisation pleine de son universalité dans l’histoire ». 

Déclaration Dominus Jesus, 2000, chap. IV « Unicité et unité de l’Eglise », §§ 16-17 

 

[Nos frères séparés] soit eux-mêmes individuellement, soit leurs communautés ou leurs Eglises, ne jouissent pas de cette unité que Jésus Christ a voulu dispenser à tous ceux qu’il a régénérés et vivifiés pour former un seul Corps en vue d’une vie nouvelle, et qui est attestée par l’Ecriture sainte et la vénérable Tradition de l’Eglise. C’est, en effet, par la seule Eglise catholique du Christ, laquelle est le « moyen général de salut », que peut s’obtenir toute la plénitude des moyens de salut. Car, c’est au seul collège apostolique, présidé par Pierre, que furent confiées, selon notre foi, toutes les richesses de la Nouvelle Alliance. 

[...] 

Rendant grâce à Dieu de ce que beaucoup d’Orientaux, fils de l’Eglise catholique, qui gardent ce patrimoine et désirent en vivre plus purement et pleinement, vivent déjà en pleine communion avec leurs frères qui observent la tradition occidentale, le saint Concile déclare que tout ce patrimoine spirituel et liturgique, disciplinaire et théologique, dans ses diverses traditions, fait pleinement partie de la catholicité et de l’apostolicité de l’Eglise. 

Décret conciliaire Unitatis redintegratio, 1964, § 17 

Nous sommes disposés à poursuivre cordialement [le dialogue œcuménique]. Nous dirons plus : que sur de nombreux points qui nous différencient, en fait de tradition, de spiritualité, de lois canoniques, de culte, Nous sommes prêts à étudier comment répondre aux légitimes désirs de nos frères chrétiens, encore séparés de nous. Rien ne peut nous être plus désirable que les embrasser dans une parfaite union de foi et de charité. Mais Nous devons dire aussi qu’il n’est pas en notre pouvoir de transiger sur l’intégrité de la foi et sur les exigences de la charité. Nous entrevoyons des défiances et des résistances à cet égard. Mais maintenant que l’Eglise catholique a pris l’initiative de recomposer l’unique bercail du Christ, elle ne cessera d’avancer en toute patience et avec tous les égards possibles ; elle ne cessera pas de montrer comment les prérogatives qui tiennent encore éloignés d’elle les frères séparés ne sont pas le fruit d’ambitions historiques ou d’une spéculation théologique imaginaire, mais qu’elles dérivent de la volonté du Christ et que, comprises dans leur véritable signification, elles tournent au bien de tous, servent à l’unité commune, à la liberté commune et à la commune plénitude chrétienne. [...] 

Une pensée à cet égard Nous afflige, celle de voir que c’est précisément Nous, défenseur de cette réconciliation, qui sommes considéré par beaucoup de nos frères séparés comme l’obstacle, à cause du primat d’honneur et de juridiction que le Christ a conféré à l’apôtre Pierre, et que nous avons hérité de lui. Certains ne disent-ils pas que si la primauté du Pape était écartée, l’union des Eglises séparées avec l’Eglise catholique serait plus facile ? Nous voulons supplier les frères séparés de considérer l’inconstance d’une telle hypothèse. [...] 

Et il faut aussi considérer que ce pivot central de la sainte Eglise ne veut pas constituer une suprématie d’orgueil spirituel et de domination humaine, mais une supériorité de service, de ministère et d’amour. 

Encyclique Ecclesiam suam, 1964, §§ 113-114 

 

Quand bien même nous n’aurions pas ces textes, nous avons notre raison. Et celle-ci peut nous inspirer les réflexions suivantes. 

 

1° Supposons qu’un chrétien séparé se rende compte de l’état de schisme dans lequel il vit malgré lui et de son inadéquation avec le plan de Dieu. Sa conscience lui impose alors de rejoindre l’Eglise catholique en se rangeant sous la houlette d’un évêque en communion avec le successeur de Pierre et donc en quittant la houlette de l’évêque séparé qu’il suivait jusque-là – indépendamment de la sainteté ou des qualités pastorales respectives de ces évêques. Autrement dit, ce chrétien devient uniate. 

Si l’uniatisme est « du passé », alors que reste-t-il à ce chrétien désireux de quitter le schisme ? 

Soit il abandonne son rite, ce qui lui serait à la fois très difficile et fort dommage et que l’Eglise, à ma connaissance, n’a jamais encouragé, encore moins exigé (sauf cas de mariage). 

Soit – et cela semble être l’opinion des pères Destivelle et Escudier – il attend patiemment que la patriarcat séparé dont il dépend redevienne catholique. Il va peut-être attendre longtemps… 

 

2° Si l’uniatisme est mauvais ou, du moins, mauvais pour notre époque, alors pourquoi notre magazine favori se félicite-t-il de la création d’un statut particulier pour les anglicans désireux d’être en communion avec le siège de Pierre ? pourquoi salue-t-il les prêtres de la fraternité Saint-Pie X qui l’ont quittée par fidélité à l’Eglise et ont fondé la fraternité Saint-Pierre en 1988 ou l’institut du Bon Pasteur plus récemment ? 

Qu’est-ce là sinon de l’uniatisme qui n’en a pas le nom ? 

 

Mais dans le fond, que reproche-t-on aux uniates ? 

D’être catholiques ? – Certainement pas. 

D’être de rite byzantin ? – Pas davantage. 

Ce qu’on leur reproche, c’est de déplaire aux orthodoxes. 

Et pourquoi leur déplaisent-ils ? – Parce qu’ils sont la preuve vivante de l’absence de fondement de leur schisme : ils montrent par leur seule existence que les Eglises orthodoxes n’ont rien à perdre à revenir à l’Eglise catholique, ni leur liturgie, ni leur discipline, ni leur spiritualité, juste un peu de fierté mal placée. 

C’est pourquoi, il me paraît important de ne pas entretenir la confusion mentionnée plus haut entre latins et catholiques, d’une part, byzantins et orthodoxes, d’autre part. Bien que cette confusion ne soit généralement le fait que de l’ignorance ou d’une volonté de simplification, l’entretenir entretient le schisme et donc dessert le plan de Dieu sur son Eglise. 

 

En fait, les uniates partagent la foi du patriarcat de Constantinople pendant près de mille ans, soit la moitié de son existence à ce jour. Ils partagent la foi de saint Jean Chrysostome et des saints Cyrille et Méthode, pour ne citer qu’eux parmi les nombreux saints catholiques de rite byzantin. Ils partagent également la foi de l’Eglise italo-albanaise, qui a toujours été catholique et a toujours suivi le rite byzantin. 

 

Ce qui est vrai, ce n’est pas que l’Eglise catholique réprouverait l’uniatisme en tant que tel, c’est que ce n’est plus son approche pastorale principale : elle privilégie le dialogue au niveau de la tête, le patriarcat (de Moscou ou de Constantinople selon le cas), et non au niveau des membres, le chrétien ou la communauté locale. Mais l’objectif final de cette approche est le même : permettre aux chrétiens séparés de revenir à la pleine communion avec le successeur de Pierre, qui est – que ça nous plaise ou non – celui que Jésus, chef de l’Eglise, a établi comme chef en son nom sur l’Eglise terrestre. 

 

Deux histoires avant de conclure : 

1° Saint Jean Chrysostome, archevêque de Constantinople, a connu l’exil et quasiment le martyre de la part des autorités politiques de l’époque. Le clergé qui lui restait fidèle a été destitué et remplacé par un autre à la solde de l’Etat. Il s’en est suivi l’excommunication de l’Eglise de Constantinople par le pape, excommunication qui n’a été levée qu’à la réhabilitation de saint Jean Chrysostome par sa propre Eglise, plus de trente ans plus tard. 

Le clergé et les fidèles restés clandestinement fidèles à leur archevêque saint Jean Chrysostome pendant ces trente années sont dans une situation bien proche de celle des uniates aujourd’hui. Actuellement, on peut dire que l’histoire leur a donné raison. 

 

2° Une bien belle histoire parue dans la revue de l’Aide à l’Eglise en détresse, Eglise dans le monde, n° 138, citant elle-même Correspondances européennes du 17 janvier 2008. 

[Dans] un village de Roumanie était posée la première pierre de la première église dédiée [à saint Pio de Pietrelcina]. L’événement a eu lieu à Pescana, dans la région de la Valcea, en Roumanie centre-méridionale, grâce au père Victor Tudor, prêtre orthodoxe qui, après avoir été témoin d’un miracle réalisé par Dieu grâce à l’intercession du saint capucin, a voulu entrer dans l’Eglise catholique, suivi de tous ses paroissiens. 

Les faits remontent à 2002. A Lucrecia Tudor, mère du père Victor, à l’époque âgée de soixante et onze ans, on avait diagnostiqué une tumeur au poumon gauche. Les médecins roumains lui déclarèrent qu’il lui restait seulement quelques mois à vivre et qu’une intervention chirurgicale ne pouvait pas même être tentée. Le père Victor demanda donc l’aide de son frère, Mariano Tudor, jeune peintre roumain, expert en iconographie, vivant et travaillant à Rome, dans l’espoir qu’il connaîtrait quelque médecin italien capable de réaliser l’impossible. 

A ce moment-là, sa mère vint donc à Rome pour consulter un chirurgien, qui déclara inutile toute intervention. A cette époque, Mariano travaillait à la réalisation d’une mosaïque dans une église et sa mère l’accompagnait. 

Il y avait là une statue du Padre Pio. Elle demanda à son fils de qui il s’agissait. Les jours suivants, elle passa de nombreuses heures devant la statue. Quinze jours après, lors d’un contrôle, les médecins constatèrent avec stupeur que la tumeur avait disparu. 

« La guérison prodigieuse de ma mère, accomplie par le Padre Pio en faveur d’une femme orthodoxe, me toucha profondément » a raconté le père Victor. « Je commençai alors à lire la vie de ce saint italien et je racontai à mes paroissiens ce qui m’était arrivé… Ce fut ainsi que, dans ma paroisse, on commença à connaître, à aimer et à recevoir des grâces du Padre Pio », si bien que tous décidèrent de devenir catholiques. Ils décidèrent de construire une église dont la première pierre fut posée par Mgr Muresan, le métropolite. 

 

Et deux remarques pour clore le sujet : 

1° J’ai repris le terme « uniate » utilisé dans votre article ; c’est surtout par commodité. En fait, ce terme est souvent revêtu d’une connotation péjorative. Il n’est utilisé, à ma connaissance, ni par les catholiques de rite oriental, ni par les documents officiels romains. 

De la même façon, le terme « orthodoxe » désigne ici les chrétiens séparés reconnaissant les sept premiers conciles œcuméniques et suivant le rite byzantin. Mais ces réflexions peuvent, bien sûr, s’étendre aux autres rites orientaux. 

 

2° La remarque qui suit est un peu incisive, mais malheureusement vraie. 

Fallait-il attendre du père Destivelle une position conforme à la doctrine de l’Eglise, alors que, un paragraphe plus haut, il laisse entendre qu’il ne reçoit pas intégralement l’enseignement d’un concile œcuménique (Vatican I en l’occurrence) ? 

 

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