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L’INQUISITION MEDIEVALE (XIIÈME-XIIIÈME SIÈCLES)

Classé dans : Dossiers,Histoire,Sujets qui fâchent — 9 avril 2009 @ 13 01 12

Aujourd’hui, l’inquisition est universellement condamnée, sans appel. L’iconographie des manuels d’histoire, lancée par les encylopédistes du XVIIIème siècle amplifie la légende noire de l’Inquisition : les tableaux de Jean-Paul Laurens, sous la IIIème République, montrent des cachots, torture, bûcher, fanatisme, intolérance. En fait, ces images ont le grave inconvénient de transformer l’exception en la règle. (Bartholomé Bennassar) La légende noire de l’Inquisition s’est surtout faite à partir du siècle des Lumières. L’Encyclopédie la définit ainsi : « un tribunal fanatique, éternel obstacle au progrès de l’esprit, de la culture et des arts, à l’introduction du bonheur. » et Voltaire, dans son Dictionnaire philosophique : « L’Inquisition est, comme on sait, une invention admirable et tout à fait chrétienne pour rendre le Pape et les moines plus puissants et pour rendre tout un royaume hypocrite ». Michelet a confirmé cette légende noire qui fit de l’Inquisition une pourvoyeuse de bûcher.

Après, avec l’Inquisition espagnole, elle a été à l’inspiration d’opéras (Verdi, Don Carlos – Landowski, Montségur – Dallapiccola, Il prigionero), de livres et de poèmes de Dostoïevsky (La légende du grand Inquisiteur), Victor Hugo (La légende des siècles), Edgar Poe,…

« Tout cela n’a rien à voir avec la réalité historique, l’Inquisition est un prétexte et l’inquisiteur un archétype. » dit Jean-Pierre Dedieu. L’inquisiteur est devenu un type littéraire : un fanatique borné, un fourbe sadique, hypocrite…

«  Ce qui est exagéré est insignifiant » disait Talleyrand.

- D’un côté, Saint Hilaire de Poitiers proteste dès 365 contre la législation mise en œuvre par les empereurs romains en faveur de la vraie foi, rappelant que la persuasion avait été la seule arme du Christ et de ses apôtres. « Fides suadenda, non imponenda ». A la fin du IVème siècle, Saint Martin et Saint Ambroise protestent fortement contre la mise à mort de l’hérétique Priscillien sur ordre de l’empereur Maxime. Saint Jean Chrysostome, un peu plus tard : « Mettre à mort un hérétique, ce serait introduire sur la terre un crime inexplicable. »

- Et pourtant, l’inquisition a été pensée, animée, louée par des saints : Saint Dominique, Saint Raymond de Penafort, Saint Thomas d’Aquin, Saint Jean de Capistran…

Qu’en penser ?

Plusieurs choses préalables :

  • Il ne faut pas confondre « l’Inquisition ecclésiale » établie par les conciles et les papes avec «l’Inquisition politique » créée au XVème par les souverains d’Espagne et d’Italie, et dirigée surtout contre les Maures et les Juifs relaps, dont il ne sera pas question ici.

  • Il ne faut pas faire d’anachronisme : au Moyen-Age, ce système n’a révolté personne. Excès ou pas, c’est la réaction de foi de tout un peuple et de ses bergers contre une menace de mort. Quand la foi a diminué, l’inquisition est devenue un tribunal odieux, qui a fait brûler Jeanne d’Arc! La corruption du meilleur engendre le pire. Pour ceux qui ont fait l’inquisition, la foi était ce qu’ils avaient de plus précieux! Aux origines de l’Eglise, les hérésies avaient un aspect purement doctrinal, et les papes et les conciles les réfutaient. Puis les hérésies, comme l’arianisme, se sont accompagnées de schisme : l’hérésie prenait un caractère politique, car des nations entières se combattaient. Au Moyen-Age, l’hérésie a en plus un caractère social, car la foi a pénétré la société entière. L’inquisition a été instituée après 12 siècles de christianisation complète et généralisée, A cette époque, tout le monde recevait la foi à son baptême, et elle était continuellement entretenue tout au long de la vie.

Et nous, nous sommes déchristianisés, donc nous ne pouvons pas comprendre combien la foi était importante pour eux : c’est comme si une homme qui n’a jamais vu de femme veut parler d’amour! Pour ces hommes de foi, la vie de l’âme, c’est beaucoup plus que la vie du corps, et ils veulent défendre leur foi propre et celle de ceux, prosélytes sans défense, à qui les hérétiques, qui avaient renié cette foi et étaient donc comme des traîtres, voulaient l’arracher! L’Eglise étant une mère pour ses enfants, a cherché à les protéger, non seulement dans leur vie spirituelle, mais aussi dans leur vie corporelle.

Elle était assistée pour cela par le pouvoir temporel : lors du sacre, les rois de France prêtent serment de poursuivre l’hérésie aux côtés de l’Eglise. Car toute attaque contre la foi visait aussi la stabilité politique. « Chaque doctrine hérétique apparue au Moyen-Age revêtait de façon plus ou moins manifeste un caractère révolutionnaire ; [...] Cettes sectes gnostiques, cathares et albigeoises [...] étaient socialistes ou communistes. Elles attaquaient le mariage, la famille, la propriété. Si elles avaient remporté la victoire, le résultat eut été le bouleversement universel et le retour à la barbarie. » J. Dollinger

I L’ hérésie cathare (ou albigeoise)

Au XIIème et XIIIème siècles, au moment de l’essor des villes, le rejet des richesses se manifeste. Et si d’un côté, des vocations affluaient dans les ordres mendiants, d’autres personnes dévièrent vers l’hérésie.

Lancée au XIXème siècle, la légende cathare fait la fortune des libraires. Soit on dit que c’est un crime commis par les barbares du Nord contre la civilisation méridionale: il y a un « pays cathare », paradis perdu. On les présente comme une Église catholique débarrassée de ses rites, du ses peurs et de l’aspect pesant et contraignant de sa hiérarchie, une Église plus égalitaire. Soit on dit que les cathares avaient le droit de croire ce qu’ils veulent, et qu’ils luttaient contre l’injustice des puissants.

Le manichéisme était déjà puissant au temps de Saint Augustin qui l’a combattu d’autant plus vigoureusement qu’il l’avait d’abord embrassé et en connaissant tous les prestiges et les dangers. Il avait survécu dans l’Empire byzantin et avait trouvé un nouveau terrain d’élection chez les Bulgares convertis, mais il en restait des traces en Occident. Des seigneurs revenus de la deuxième croisade initiés dans les Balkans l’introduisirent à partir du XIème siècle, puis au XIIème siècle, et jusqu’au XIIIème surtout dans le sud-ouest de la France (comme les Albigeois près d’Albi).

On appelle ses fidèles les Cathares (du grec « katha­ros» : pur). Mais entre eux, ils se désignent comme les Bons Chrétiens, les Vrais Chrétiens, les Amis de Dieu ou les Bons Hommes. Comme une secte, ils ont des rites initiatiques et une hiérarchie secrète.

1) La doctrine cathare

- Le catharisme est dualiste, comme le manichéisme de l’Antiquité. Il y a deux principes, éternels et incommunicables : l’un bon qui est à l’origine des esprits, du céleste, de l’âme ; et l’autre mauvais, qui est à l’origine de la matière, du terrestre, du corps. Cependant, dans l’âme qui est esprit, il n’y a pas que du bon : il y a aussi la malice, l’orgueil, les péchés spirituels ! Les démons sont des anges !

Les cathares se divisent sur les questions : sont-ils aussi puissants l’un que l’autre ? Le bien devra-t-il triompher sur le mal ? Leur opposition est-elle éternelle ?

- Le catharisme oppose l’Ancien et le Nouveau Testament, comme le marcionisme. Dans l’Ancien Testament, c’est le règne de Satan, dont les patriarches et les prophètes sont les suppôts, les rites juifs sont diaboliques. Le démon a mis un peu de vrai tout de même, pour mieux tromper, c’est à ce vrai qu’il est fait allusion dans le Nouveau Testament.

- Le catharisme pense que Jésus n’a eu est un esprit (une émanation du dieu bon) qui n’avait qu’une apparence humaine, comme la gnose. Le Christ ne pouvait pas s’incarner, prendre un corps, et être soumis au dieu mauvais ! Le Christ n’a donc pas souffert pendant sa passion, (ou c’est un autre homme qui est mort à sa place) il n’est pas mort et n’a pas eu à ressusciter. La Rédemption n’est pas une expiation, mais un enseignement pour libérer les âmes de l’emprise de Satan.

2) Les conséquences temporelles de l’hérésie cathare

Le corps est mauvais, impur, donc il faut s’en libérer pour aller vers le monde de l’esprit : donc la solution est de mortifier le corps (pour séparer au maximum l’âme du corps) : se nourrir le moins possible, ne pas manger de viande (ni lait, ni fromage – le poisson était toléré), ne pas ne se marier pas ou quitter leur conjoint (car il ne faut pas engendrer d’autres corps et ainsi perpétuer le mal). Cela légitime l’infanticide. Le mariage est pire que l’union libre et le libertinage, parce c’est une institution du mal. On rejette le dogme de la résurrection des corps, donc des cimetières sont profanés et détruits. On va jusqu’à prêcher le suicide, surtout en se laissant mourir de faim, voire en s’empoisonnant, s’asphyxiant ou contractant volontairement des maladies (« endura ») ! Il y eut une fois où on interdit à une croyante de se nourrir après le consolamentum ! Et on n’a pas le droit de prêter serment et de prendre part à une guerre même juste.

Pour devenir pur (Cathare veut dire « pur ») et être sauvé, il faut recevoir le consolamentum (sorte de sacrement par imposition des mains) qui efface la corruption de la chair et assure le salut en dispensant de la pénitence et de la pratique chrétienne. On devient alors parfait et vit en communauté, vénéré des croyants.

Alors le croyant retarde au maximum le consolamentum et vit comme il veut avant : c’est souvent une vie de débauche car il ne suit les obligations du catholicisme ni du catharisme.

C’est une « morale à deux étages » (Jean Chelini).

C’était là la fin de la société : suppression de la famille (entre ceux qui vivent dans la débauche, et ceux qui ne se marient pas…), enrichissement sans frein des marchands (il n’y a pas à rendre les biens volés comme après la confession) négation de tout le système féodal (qui reposait sur le serment de fidélité du vassal à son suzerain) ! Cela provoquait l’anarchie, puisqu’on refusait d’obéir à l’autorité temporelle. Les Albigeois, pillaient les églises et les monastères, persécutaient les catholiques, massacraient les prêtres et les moines.

3) Organisation et extension

Cette religion était organisée en contre-Eglise : à partir de 1160, un évêque est à la tête de chacune des quatre Eglises de France (à Tou­louse, Albi et Carcassonne et les pays de langue d’oïl). Il est assisté de deux parfaits, et a sous ses ordres des diacres qui prêchent et président aux assemblées.

Pour la propagande, ils vont deux par deux vers les catholiques et les fidèles. Ils se réunissent chaque mois pour un prêche (qui consiste en un enseignement, un examen de conscience et une bénédiction) tiennent des écoles, prêchent dans les ateliers, les foires… Il y eut des cas de jeunes embrigadés par des parfaits suite à la promesse de leur donner une formation intellectuelle ou manuelle. Et même, en 1245, un certain Pons, près d’Avignon, se plaignait auprès des inquisiteurs de s’être fait enlever son jeune fils trente ans plus tôt.

Au XIIème siècle, l’hérésie s’étend jusqu’en Flandre, Champagne, Allemagne, Italie du Nord. Mais elle est surtout présente au sud de la Loire. Les cathares y prêchent ouvertement, protégés par les nobles, comme le comte Raymond VI de Toulouse, le vicomte Roger de Béziers, le comte de Foix, le seigneur de Montréal, les seigneurs de Castelverdun, le seigneur de Saissac… La forteresse de Montségur, imprenable (jusqu’en 1244, 15 ans après le traité de Paris mettant fin à la guerre des Albigeois). La force du catharisme vient de sa simplicité et de son organisation, et le Languedoc était encore mal pénétré de la réforme grégorienne.

II Les premiers moyens de défense

Dans une société, quand on ressent un danger contre les valeurs auxquelles toute la société croit, on n’hésite pas à faire usage de la contrainte (aujourd’hui, contre le racisme ou l’anti-sémitisme par exemple). L’inquisition est donc un phénomène de société.

1. Le pouvoir civil face à l’hérésie manichéenne et cathare :

Le manichéisme avait été déjà persécuté par Dioclétien en 297 : il condamnait les manichéens aux travaux forcés et à la mort. Les empereurs chrétiens et le code Justinien prévoyaient la mort.

En 1017, le roi de France Robert le Pieux infligea la mort à 10 moines (à cette époque-là, c’est par le bûcher), parce qu’il « appréhende de leurs doctrines à la fois la ruine de la patrie et la mort des âmes » (Raoul Glaber)

Saint Bernard fait un constat désolant au début du XIIème siècle : « les basiliques sont sans fidèles, les fidèles sans prêtres, les prêtres sans honneur ; il n’y a plus que des chrétiens sans le Christ », et voici le constat du comte Raymond V de Toulouse, à la fin du XIIème siècle : « L’hérésie a pénétré partout. [...] Les prêtres eux-mêmes ont cédé à la contagion. Les églises sont désertes et tombent en ruines. Pour moi, je fais tout mon possible pour arrêter pareil fléau ; mais je sens mes forces au dessous de ma tâche. Les personnages les plus importants de ma terre se sont laissé corrompre. La foule a suivi leur exemple, ce qui fait que je n’ose, ni ne puis, réprimer le mal ». Le clergé local lui-même était acquis à la cause des hérétiques, ou était démoralisé, ou pactisait, par lâcheté.

Devant cette menace d’anarchie, les rois demandèrent à l’Eglise de stopper l’hérésie. L’archevêque de Reims, frère de Louis VII, alors qu’il s’apprêtait à poursuivre les cathares en Flandres à la demande de son frère, reçut du pape une lettre l’invitant à la clémence : « Mieux vaut absoudre les coupables que s’attaquer, par une excessive sévérité, à la vie d’innocents[…]. L’indulgence sied mieux aux gens d’Eglise que la dureté ». Mais le roi répondit au pape : « L’observation a prouvé que les manichéens sont beaucoup plus mauvais qu’ils ne le paraissent […] Que votre sagesse donne une attention toute particulière à cette peste et la supprime avant qu’elle puisse grandir. […] Si vous agissiez autrement, les murmures ne s’apaiseraient pas facilement et vous déchaîneriez contre l’Eglise romaine les violents reproches de l’opinion ».

Pendant ce temps, Henri II d’Angleterre fait défigurer des hérétiques au fer rouge et les expose devant le peuple. Philippe-Auguste, après son père Louis VII, condamne par les tribunaux royaux : en une seule action, 7000 cathares sont exterminés à Dun, en Berry.

2. L’Eglise face à l’hérésie :

Les pères de l’Eglise (Saint Ambroise, Saint Jean Chrysostome, Saint Martin) préféraient que le pouvoir civil n’intervienne pas dans la répression de l’hérésie. Saint Augustin, changea d’avis en voyant les dégâts causés par les donatistes en Afrique, et admit la poursuite modérée des hérétiques, exil pour les chefs, amendes pour les autres, mais pas de peine de mort. La plupart des évêques furent ensuite de cet avis. « La foi doit être persuadée, non imposée », affirme Ber­nard de Clairvaux.

  • Il y eut d’abord l’inquisition épiscopale (=correction fraternelle) :

A la demande de l’empereur d’Allemagne Frédéric Barberousse, en 1184, le pape Lucius III, puis Innocent III firent réunir une assemblée à Vérone dont la Constitution (de Vérone) est l’acte de naissance de l’inquisition.

Les évêques – l’episcopos, c’est celui qui veille sur ceux dont il a la charge – doivent faire inspecter leur diocèse une ou deux fois l’an, pour tra­quer l’hérésie et l’exterminer (ex-terminis, « hors des frontières »). Quand un prince ou un suzerain est excommunié, ses vassaux sont déliés de la fidélité à son égard. Les hérétiques qui reviennent de leurs erreurs prêtent serment, sinon, ils sont livrés au pouvoir laïque. Mais dans le Languedoc, la noblesse elle-même protège l’hérésie, donc cela ne peut pas marcher ! Cela ne suffit pas.

Pendant ce temps, les prêtres sont molestés, massacrés, l’évêque de Lodève est mis à mort. Des églises et abbayes sont profanées. Les soldats du comte de Foix avaient transformé la cathédrale d’Urgel en écurie et se servaient des crucifix comme des pilons pour leur cuisine, ou des cibles pour leurs jeux de lances ! Les populations et les pasteurs locaux font des réclamations au pape.

  • Il y eut alors ensuite l’inquisition légatine, relevant surtout des légats du pape, instituée au IVème concile de Latran en 1215 (= correction paternelle):

Le pape envoie des prédicateurs cisterciens pour organiser des conférences contradictoires. Le pape Alexandre III envoie son légat, le pape Innocent III, envoie deux légats cisterciens de l’abbaye de Fontfroide : Pierre de Castelneau qui se décourage car les autorités locales refusent de faire appliquer les décisions des tribunaux ecclésiastiques, et demande à être démis de ses fonctions. Même Saint Bernard n’y arrive pas : on se moque de lui sans l’écouter.

Enfin, Saint Dominique et les dominicains prêchent dans le Lauragais, foyer de l’hérésie, de 1206 à 1215, et cela porte des fruits.

En 1203, revenant de Rome, un chanoine d’Osma, Dominique de Guzman et son évêque logent à Carcassonne et saint Dominique discute toute la nuit avec son aubergiste et le convertit. Dominique de Guzman décide de continuer, de discuter en public. Les dominicains qui se fondent alors rivalisent d’austérité avec les parfaits : ils vont pieds-nus, sans argent, en bure, contrairement aux magnifiques légats cisterciens. Les prédications et les conférences contradictoires ont un grand succès. A Montréal en 1206, 150 conversions suite à la réunion où, lors d’une ordalie (« jugement de Dieu »), le libellus rédigé par Dominique est plongé dans le feu trois fois et ressort intact ; à Pamiers en 1207, le président du débat se convertit avec ses compagnons vaudois.

Mais les cathares multiplient les attentats contre l’Eglise, Saint Dominique manque de se faire tuer : il voit les hommes embusqués, et chante le Veni Creator. Les cathares sont sidérés. Plus tard, ils lui demandent : « Qu’aurais-tu fait, si nous t’avions pris ? – Je vous aurais demandé de prolonger mon martyre en me coupant un à un tous les membres… – Pourquoi ? – Pour que je sois plus semblable à Jésus-Christ mourant sur la Croix afin de sauver vos âmes. ».

La nuit, on entend Dominique répéter «  Seigneur, ayez pitié de votre peuple ! Seigneur, que vont devenir les pécheurs ? »

 

La croisade contre les Albigeois cathares


Le pape Innocent III excommunia Raymond VI, deux fois, car il ne tenait pas sa promesse de poursuivre l’hérésie. Raymond VI refusa par crainte de ses vassaux cathares trop puissants. Le roi Philippe-Auguste ne voulait pas intervenir (en guerre contre l’Angleterre, redoute l’ingérence du Saint-Siège), mais en 1208, quand le légat pontifical Pierre de Castelneau fut assassiné par un officier du comte Raymond VI de Toulouse, le pape décide d’ordonner au roi de France Louis IX une croisade contre ces fanatiques « plus dangereux que les Sarrasins eux-mêmes ». Cela permettrait déjà de faire sauter la complicité des seigneurs.

Simon de Montfort (seigneur d’Ile de France auquel même Michelet reconnaît des « vertus héroïques ») prit la tête de l’armée de 50 000 hommes où ne se trouvent pas que des gens du Nord, mais aussi des Languedociens, pour partir contre ceux qu’on commence à appeler les Albigeois et s’empara de Béziers en 1209, en complicité avec la plus grosse partie de la population (10 % de la population est touchée par l’hérésie). 15000 personnes environ furent massacrées (quatre-vingts chevaliers cathares auraient été tués, et plusieurs dizaines d’hérétiques brûlés vifs) : beaucoup d’aventuriers s’étaient introduits dans son armée et Simon de Montfort les fit arrêter. La phrase « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! » est apocryphe. On ne trouve cette phrase dans aucune source contemporaine, mais seulement dans Le livre des miracles, écrit 50 ans plus tard par Césaire de Heisterbach, peu soucieux d’authenticité.

A Pujols en 1213, c’est le comte de Toulouse, de l’autre camp, qui en fait autant. Les cathares non plus ne reculaient pas devant la terreur : en 1228, Raymond VII de Toulouse, après avoir repris Castelnaudary, fait couper les mains et les oreilles et arracher les yeux à ses prisonniers.

La croisade n’est pas un pillage, mais l’occasion d’un apport culturel. Il ne s’agit pas des « « barbares du Nord » avides de piller ce « pays privilégié » (La Croisade contre les Albigeois Paris, réédition de 1967, p.16). L’année de fin de la croisade, le pape fonde l’université de Toulouse sur le modèle de celle de Paris, et c’est dans le nord qu’on élève de grandes cathédrales gothiques.

Puis Carcassonne et Toulouse furent prises, mais Simon de Montfort fut tué (1218) et les cathares deviennent plus persécuteurs que jamais. Le fils de Simon de Montfort et le roi de France, Louis VIII (Philippe-Auguste s’est décidé à envoyer son fils) le remplacèrent. Défait, le comte de Toulouse cède le Bas-Languedoc à la France, et conserve la région de Toulouse, d’Agen et le Rouergue.

Le traité de Paris conclu entre Raymond VII et le légat romain de 1229 mit fin à la guerre.

Frédéric II, excommunié et en conflit avec le pape, aggravait les peines établies à Vérone, et faisait de l’hérésie une affaire purement laïque, temporelle.

Mais les hostilités reprennent dix ans plus tard. Le roi Louis IX fait promettre au comte Raymond VII de Toulouse de détruire Montségur, sanctuaire spirituel et militaire du catharisme. Mais Raymond VII n’y arrive pas, alors, c’est l’armée royale qui y va en 1244. Refusant d’abjurer, 225 parfaits montent sur un bûcher géant, et le château est détruit (les ruines actuelles sont celles d’un château postérieur) : on dit que cela symbolise la cruauté des catholiques et gens du nord ! Mais c’est un acte de guerre, de soldats, après échec des autres moyens, et d’ailleurs, l’effort missionnaire se poursuivait toujours.

La croisade avait vaincu les Albigeois, mais elle ne les avait pas convertis.

  • L’inquisition monacale (= correction maternelle, puis correction judiciaire)

Tous ces essais étant infructueux, et le légat du pape Pierre de Castelneau ayant été assassiné à l’instigation du comte de Toulouse, le pape Grégoire IX, en 1231, créa l’Inquisition monacale et réserve à l’Eglise le droit de juger les hérétiques. Ce sont les ordres mendiants (dominicains (par la bulle Ille humani generis) puis aussi les franciscains) qui luttent contre l’hérésie dans toute la chrétienté (toute l’Europe, sauf l’Angleterre) : cela permet une garantie de l’efficacité, d’une solide formation théologique et politique, d’une indépendance vis-à-vis des pouvoirs locaux.

D’abord, les ordres mendiants prêchaient, organisaient des confréries voués au Saint-Sacrement se donnant pour objet l’assistance aux mourants et la prière pour les morts : c’est de l’anti-catharisme vécu ! Ils fondèrent des hôpitaux, confessent. ( = correction maternelle)

III Le déroulement de la procédure

1) L’Inquisiteur

Il était choisi avec précaution. Comme il était un religieux, il était sous la surveillance d’un supérieur et celle du pape (et avoir minimum 40 ans). Il y a une réglementation précise. Les membres des tribunaux se devaient la correction fraternelle. Si un ne tenait pas compte des observations, les autres faisaient appel au pape.

Des écarts eurent lieu : Philippe le Bel s’en est plaint par des lettres à l’évêque et à l’inquisiteur de Toulouse. Les papes Benoît XI et Jean XXII reçurent des plaintes. Il y eut des inquisiteurs trop sévères, comme Robert le Bougre, ancien cathare converti, nommé inquisiteur général de France sauf en Languedoc, et qui fit périr plus de 200 hérétiques en Champagne en 1239. Il y eut des inquisiteurs corrompus, comme Ménet de Robécourt. La papauté punissait les abus : Robert le Bougre fut destitué, puis condamné à la prison perpétuelle, et Ménet de Robécourt fut révoqué de ses fonctions et du rembourser les dommages qu’il avait faits subir à ses victimes. Mais ce fut très rare : Cauzons, sévère pour l’Inquisition écrit dans son « Histoire de l’Inquisition » (t. II, p 86) : « Les faits de corruption que nous connaissons étant fort rares, tout nous fait supposer une honnêteté générale, jointe à une discipline rigoureuse, parmi le personnel inquisitorial. »

Les Inquisiteurs furent en général des hommes intègres.

On le voit dans le manuel de Bernard Gui (qui est montré comme un modèle de bourreau fanatique, notamment dans le film « Au Nom de la Rose ») :

« Parmi les difficultés et les incidents contraires, il doit rester calme, ne jamais céder à la colère et à l’indignation. Il doit être intrépide, braver le danger jusqu’à la mort ; mais, tout en ne reculant pas devant le péril, ne point le précipiter par une audace irréfléchie. Il doit être insensible aux prières et aux avances de ceux qui essaient de le gagner ; cependant, il ne doit pas endurcir son cœur au point de refuser des délais ou des adoucissements de peines, suivant les circonstances et les lieux… Dans les questions douteuses, il doit être circonspect, ne pas donner facilement créance à ce qui paraît probable et souvent n’est pas vrai ; car ce qui paraît improbable finit souvent par être la vérité. Il doit écouter, discuter et examiner avec tout son zèle, afin d’arriver patiemment à la lumière. Que l’amour de la vérité et la pitié, qui doivent toujours résider dans le cœur d ‘un juge, brillent dans ses regards afin que ses décisions ne puissent jamais paraître dictées par la convoitise et la cruauté ».

2) La recherche des coupables et des preuves

L’inquisiteur vient avec le personnel de son tribunal dans une région, en accord avec les autorités locales. On fait des cérémonies et des prédications pour inviter les pécheurs à se repentir. Puis il promulgue deux édits : l’édit de grâce qui donne 15-30 jours aux hérétiques pour se dénoncer et obtenir le pardon et l’édit de foi qui ordonne de dénoncer les hérétiques sous peine d’excommunication.

Pour être reconnu coupable, il fallait avoir accompli un acte extérieur de profession ou de soutien de l’hérésie.

En droit pénal, on fait habituellement une procédure accusatoire, sur plainte de la victime ou de sa famille, pour qu’il y ait réparation. Mais cela ne suffit pas devant une hérésie, spirituelle, qui peut servir de prétexte à toutes les calomnies et les règlements de comptes!

Dans ce cas, on ne donnait pas le nom des dénonciateurs pour éviter les vengeances personnelles, selon une règle fixée par Boniface VIII. Les cathares n’étaient déjà pas tendres envers ceux qui pouvaient les dénoncer… : « Les [Clergues] ont éliminé par la terreur tel personnage […] catholique qui pouvait leur nuire en les dénonçant. Pierre Clergue faisait couper la langue d’une ex-camarade. Les de Junac, eux, étranglent de leurs blanches mains, ou peu s’en faut, le père de Bernard Marty, suspect de trahison possible à leur égard. » Mais le juge devait donner le nom des dénonciateurs et des témoins à ses assistants qui le contrôlaient et pouvaient le dénoncer aux chefs religieux de l’Inquisiteur, à l’évêque ou même au Pape. Les faux-témoins étaient punis de la peine de l’accusé.

Donc, on fait une procédure inquisitoriale, où on considère plus le désordre public, on insiste plus sur le châtiment. Il suffit que le suspect ait la réputation d’avoir commis un crime. C’était pour faciliter l’action des légats à l’encontre de personnages si puissant que personne n’osait les accuser.

Après avoir été averti plusieurs fois, le cathare était poursuivi. On ne lui faisait pas connaître les motifs de son jugement pour éviter qu’il transforme le prétoire en tribune de propagande.

On introduit la notion de preuve. Comme son nom l’indique, l’Inquisition est une recherche de preuves. L’ordalie, jugement de Dieu par l’épreuve du feu ou de l’eau, est abandonnée. Il faut au moins deux témoins fiables, des indices matériels du délit et de l’aveu, et l’aveu. Tout a pour but d’obtenir l’aveu.

3) Les aveux

Si l’accusé maintient ses dénégations, il subit un interrogatoire. Le concile de Narbonne en 1235 demande que la condamnation soit exclusivement après un aveu formel ou des preuves irréfutables. Si l’accusé montre l’inanité des indices rassemblés contre lui, il est relâché sans encourir de peine. Pour obtenir cet aveu, on utilise la prolongation de l’emprisonnement, la privation de nourriture, la torture. On aime la représenter ! On voit déjà les moines fanatiques avec leurs instruments pour faire avouer… Cela vient de l’imagerie des ennemis de l’Eglise des trois derniers siècles et des fantasmagories des historiens romantiques.

L’Eglise montra pendant longtemps son hostilité à la torture : Nicolas Ier (IXème siècle) disait que ce moyen « n’était admis ni par les lois humaines, ni par les lois divines ; car l’aveu doit être spontané ».

Au XIIIème siècle, la justice séculaire l’adopta. Hélas, toutes les sociétés civiles qui ont considéré que leur survie était en jeu ont eu recours à la torture : nazisme, communisme, jacobinisme.

Et la société civile reprochait à l’Eglise sa lenteur et ses excès de longanimité. En 1252, Innocent IV la permit dans la bulle Ad extirpenda, avec de fortes restrictions.

Contrairement à ce qui pouvait se passer dans les procédures civiles, la torture ne devait être employée qu’en dernier recours, dans des cas graves, être proportionnée à la gravité des charges qui pèsent sur l’accusé. Elle ne devait pas laisser de séquelles telles qu’une amputation ou une blessure. La durée maximale d’une séance est de 30 min. Les aveux exprimés doivent être renouvelés librement pour être valables. L’inquisiteur ne peut pas ordonner seul la torture : le pape Clément V (au concile de Vienne) demanda que la torture soit utilisée dans un jugement spécial où devaient assister l’évêque ou son représentant. Les papes suivants, Alexandre IV et Urbain firent de même.

Mais les procès-verbaux du Midi de la France ne mentionnent que très rarement la torture, le manuel de l’Inquisition de Bernard Gui n’en parle que très peu et celui de Nicolas Eymeric estime que celle-ci est trompeuse et inefficace : si l’inquisiteur se résout à l’appliquer, c’est parce qu’il est persuadé que l’accusé lui cache la vérité. Il ne peut torturer que « modérément et sans effusion de sang », on ne doit pas « chercher de nouveaux supplices et en inventer de plus raffinés ».

Même l’historien américain Léa, très hostile à l’inquisition, déclare que « dans les fragments de procédure inquisitoriale qui nous sont parvenus, les allusions à la torture sont rares ».

Il faut considérer qu’il s’agissait aussi, par des souffrances corporelles, d’éviter au pécheur endurci des peines éternelles : on pensait que c’était aider le cathare à se sauver lui-même que d’employer les derniers moyens pour qu’il se reconnaisse coupable.

[Pour ce qui est de l'Inquisition espagnole, entre 1418 et 1530, sur 2354 affaires traitées au tribunal de Valence, il n'y a que 12 procès ou l'application de la torture est certaine.]

4) Les avocats

Dans un manuel de l’Inquisition (du dominicain Bernard Gui de 1307 à 1323) il est dit qu’il n’y avait pas d’avocat, car sinon l’avocat serait passé pour un défenseur de l’hérésie ! Mais Nicolas Eymeric (né en 1320) inquisiteur pendant 40 ans écrit dans son manuel de l’inquisition : « qu’on ne doit pas enlever aux accusés les défenses de droit pas leur accorder un avocat ». Et on trouve de nombreux exemples de procès avec des avocats : Raymond Amiel de l’abbaye de Saint Polycarpe (diocèse d’Alet), Arnaud Assalhit a eut deux avocats. (On a retrouver des honoraires qu’il leur avait versés). De toute façon, l’accusé est défendu par les membres du jury, les boni viri.

5) Les boni viri :

Pour protéger l’accusé, Innocent IV ordonna dans une bulle du 11 juillet 1254 que des boni viri, des prud’hommes assistent à tout l’interrogatoire et donnent leur avis avant qu’on prononce la sentence, « parce que, pour une accusation si grave, il fallait procéder avec les plus grandes précautions ». Le procès était donc quasiment public. Les boni viri étaient de vrais jurés fonctionnant à peu près comme ceux de nos jours, avec en plus le droit de se prononcer sur les question de droit et sur l’application de la peine. Le jury peut être composé de deux, et jusqu’à cinquante personnes. Les familles peuvent approcher les jurés et leur faire des recommandations. C’est plutôt l’inquisiteur qui est en position d’infériorité. Le procès ne peut pas être arbitraire. L’institution du jury date de là !

6) La sentence et les peines

D’après les conseils de ses associés et des boni viri, l’inquisiteur proclamait la sentence lors d’une assemblée solennelle (sermo generalis ou auto da fe (acte de foi) [qui n’est pas la séance du supplice]) pendant laquelle on réfute l’hérésie, on prêche sur la Foi, pour éclairer in extremis le condamné, ou à défaut, le peuple.

Les hérétiques qui se repentaient et faisaient des aveux spontanés devait abjurer, puis faire des pénitences :

  • port d’une tunique de pénitent, imposition d’une croix sur le vêtement, soit seulement pendant la cérémonie, soit une période plus longue, voire la vie entière, chaque fois que le pénitent sortait de chez lui. C’était dur, alors, l’usage s’établit de ne la porter qu’une brève période, puis de la suspendre dans l’église paroissiale.

  • fustigation publique (l’infamie était effacée par le temps), [mais pour une faute secrète, pénitence secrète]

  • pèlerinage dans un sanctuaire voisin, ou à Saint Jacques de Compostelle, à Rome ou à Jérusalem dans des cas graves,

  • assistance à la messe paroissiale, visite d’église à des fêtes déterminées,

  • aumônes aux églises, jours de jeûne,

Puis les hérétiques qui avaient accompli leur pénitence étaient relâchés.

Les inquisiteurs préféraient ces peines canoniques aux peines civiles.

- Seuls les obstinés et les relaps (ceux qui retombaient dans l’hérésie après s’être convertis) étaient remis à l’autorité civile. Les condamnations définitives ne frappent finalement que les récidivistes.

Les condamnations capitales sont rares. « Dans la seconde moitié du XIIIème siècle, l’Inquisition de Toulouse ne prononça qu’1% de condamnations à mort sur l’ensemble des sentences » (Jean-Pierre Dedieu) L’Eglise interdisait qu’avant le bûcher (qui faisait mourir par asphyxie), le condamné subisse des supplices comme la dislocation, l’application de fers rouges ou la mutilation. Elle jouait le rôle de modérateur.

Bernard Gui exerça sa charge dans le sud de la France et à une époque (1307-1324) où l’Inquisition n’a jamais autant fonctionné :

Sur 930 sentences, 42 condamnations à mort (moins de 3 par an, soit 4-5 %), 139 acquittements (1/10), autant de pénitences canoniques que de peines afflictives.

L’inquisiteur Jacques Fournier (futur pape Benoît XII) de 1314 à 1326, sur 114 personnes, il y a eu plus de la moitié acquittés ou soumis à des pénitences, 48 emprisonnements, et seulement 5 remises au bras séculier. Or, rien que dans deux villages du diocèse, la terreur cathare avait fait une mutilée et deux tuées ; et dans ces deux villages, il n’y a, par l’inquisition, qu’une remise au bras séculier !

[Pour l'inquisition espagnole, environ 1% des procès se terminaient par une exécution capitale, soit en moyenne 4 à 7 exécutions par an maximum.]

Allez dire après cela avec C. Léa (Histoire de l’Inquisition au Moyen-Age) que « celui qui tombait entre les mains de l’Inquisition n’avait aucune chance de salut » !

L’inhabileté frappait les descendants des condamnés à mort, voire ceux des condamnés à la prison perpétuelle après réconciliation. C’est la conséquence du large soutien de l’Inquisition parmi la population. Ils ne pouvaient pas exercer de nombreuses professions : prêtrise, fonction publique, médecine, courtage en foire, boucherie. Mais il peut y avoir une levée d’inaptitude.

Les autres étaient la plupart du temps condamnés :

  • à faire de la prison perpétuelle (l’« emmurement »). En fait, en langage inquisitorial, cela veut dire pas plus de 4 ans. « Dans la seconde moitié du XIIIème siècle, l’Inquisition de Toulouse ne prononça guère plus de 15% de réconciliation, peine qui implique la confiscation des biens et la réclusion au « mur », la réclusion perpétuelle. » Les biens confisqués des coupables étaient cédés au pouvoir temporel qui en redonnait une partie pour les frais de fonctionnement du tribunal. 

Mais des prisonniers malades avaient le droit de revenir chez eux pour se soigner, en 1246, on trouve un prisonnier autorisé à sortir pour aller s’occuper de son père vieux et malade jusqu’à sa mort. A Carcassonne, l’évêque autorise un prisonnier à partir où il veut pourvu qu’il soit revenu pour la Toussaint : ce sont des vacances !

IV La fin de l’Inquisistion

Privé de l’appui de la noblesse et soumis à l’inquisition et, le catharisme régressa ; vers 1330, il avait disparu des villes. A partir de 1312, l’Inquisition perdit son indépendance : son action devait avoir l’accord des évêques. A la fin du XIIIème siècle, l’Inquisition n’a plus de raison d’être, la fusion du temporel et du sacré est en recul, l’Etat prend en main l’ensemble du système judicaire en France.

Ce statut des tribunaux de l’Inquisition changea avec les siècles et les pays (en Espagne et en Italie). Philippe le Bel les a utilisés contre les Templiers, et cela a été instrumentalisé par le pouvoir royal en Espagne.

L’inquisition est intolérante, mais au Moyen-Age, ce qui n’est pas toléré, c’est l’hérésie ou l’apostasie. Les Juifs d’Espagne n’étaient pas inquiétés par l’Inquisition. Ce sont les Rois catholiques qui décidèrent en 1492 d’expulser les juifs non convertis, et non l’Inquisition. Copernic et Kepler n’ont pas été censurés par l’Inquisition espagnole. Ni Leibniz, Hobbes, Spinoza, Newton… Les fidèles des autres religions ne sont pas concernés, et même, en 1190, Clément III déclare passible d’excommunication ceux qui gêneraient les célébrations judaïques.

V Conclusion

Nous avons inventé et pratiqué les guerres totales et les génocides, et nous nous flattons de rejeter une institution d’Eglise qui a fait maximum 5000 morts, sur plusieurs siècles. (En vrai, certainement moins de 2000). 10 condamnations au feu maximum par an ! Mais c’était impressionnant, et surtout, autour de l’inquisition officielle, il y a eu des prétextes, des exactions, des guerres où il y a eu beaucoup de victimes.

Les hommes du XIIIème siècle ont vu cela comme une délivrance : la foi imprègne toute la société, paraît aussi importante que la santé physique, et la réprobation de l’hérésie est générale (un peu comme la condamnation du nazisme aujourd’hui).

On ne sait pas ce que l’Inquisition a empêché, parce qu’on ne sait pas de quoi auraient été capables les cathares. On aurait été bien contents d’être préservés ainsi de Hitler, Lénine, Staline… auxquels on a laissé la liberté d’expression!

Mais par ailleurs, l’Inquisition ne cesse pas. Les Etats modernes l’ont ressuscitée, sans la piété et le désintéressement des moines. Sans le souci de la procédure et de la conservation des preuves, y compris pour permettre le jugement des juges.

  • Les procès de la Révolution : procès d’opinion, loi des suspects, jugements expéditifs, injustice (cf. jugement de Marie-Antoinette, du duc d’Enghien, d’André Chenier)

  • Le génocide arménien, le génocide juif

  • Les procès de Moscou, la liquidation des koulaks, les purges de Mao Tsé Toung.

  • L’épuration : 30 000 exécutions sommaires avouées. On les estime à 105 000.

Condamnations légales : tribunaux d’exception, chambres civiques (inquisition) : 2071 condamnés à mort, 650 exécutions capitales. Travaux forcés à perpétuité : 2777. Peines de privation de liberté : 27 000. Condamnation à l’indignité nationale : 48 278.

A quand les films à grand spectacle et gros moyens sur ces « inquisitions » autrement proches et redoutables que celles des frères dominicains?

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