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Pour connaître et aimer

La vocation : XVI MARIAGE OU CÉLIBAT?

Classé dans : Instruction religieuse,Vocation — 8 avril 2009 @ 16 04 10

Nous interroger sur la question fondamentale pour notre existence qu’est le choix entre le mariage et le célibat signifie que nous avons assez de confiance en l’amour de Dieu pour que l’éventualité de l’appel au célibat puisse exister. Sinon la question ne se pose pas, car logiquement la question de savoir si nous ne nous marierons pas ne devrait pas nous venir. Elle ne vient que dans certaines conditions, à moins qu’elle ne soit mise en nous par quelqu’un d’autre, comme cela arrivait autrefois, mais peu probablement aujourd’hui. Rares sont les parents ou les éducateurs qui voient le célibat autrement que comme une mutilation ou une tare. Ils n’au­raient pas tort s’ils en parlaient comme Jésus qui lui aussi affirme avec force qu’il n’existe pas sur la terre de raisons de ne pas se marier, de bonnes raisons, s’entend, de raisons humaines. 

Il le dit d’une manière très crue que les traductions tendent à édulcorer. Une discussion s’était engagée sur le thème : si on en a marre de sa femme, dans quelles conditions peut-on s’en débarrasser? Dans la loi juive, du moment que le mari certifiait par écrit qu’il avait lui-même pris l’initiative de renvoyer sa femme et non qu’elle avait quitté le domicile conju­gal, tout était en règle. Jésus conteste cette loi où il voit la volonté d’éviter des abus plus graves encore, et il assure qu’à l’origine, dans la vision de Dieu, il n’en était pas ainsi. Et Jésus de parler du mariage d’une façon tout à fait révolutionnaire pour ses audi­teurs. Il montre le mariage comme une réalité divine. C’est Dieu qui l’a créé : ceux que Dieu a unis, que l’homme ne les sépare pas! Arrivés à ce point, les apôtres s’exclament : dans ces conditions, il vaut mieux ne pas se marier! 

Selon moi la question se pose en effet. Ce n’est pas une question ridicule. Ils ont pris conscience de la nature véritable du mariage, de l’importance qu’il revêt aux yeux de Dieu, et ils se demandent s’il est vraiment possible. Jésus répond un peu à côté de leur question : Il existe des eunuques, explique-t-il, des gens qui ne peuvent pas se marier. Par nature, ils ne sont pas complets, les organes génitaux leur manquent, ou bien pour des raisons psychologiques ils sont inaptes au mariage. D’autres sont eunuques par l’intervention des hommes – à l’époque ce genre de mutilation existait au sens littéral de castration – on peut aussi penser aux raisons sociologiques qui interdisent un éventuel mariage (mésalliance par exemple). Mais il existe aussi des eunuques en vue du royaume des cieux. 

Et il ajoute : Seuls ceux qui y sont appelés peuvent le comprendre.

Ailleurs dans l’Évangile, Jésus revenant sur les mêmes questions ajoute qu’il n’y a pas de raison sur la terre pour ne pas se marier et que le motif est seulement céleste. Normalement la question du célibat ne se pose donc pas. Il peut y avoir des gens qui pour une raison quelconque, de santé ou de caractère, jugent que dans le mariage ils ne seront pas heureux et décident de ne pas se marier. Leur « choix » n’a rien à voir avec la vocation au célibat naturellement, même si Dieu ne les aban­donne pas pour autant et qu’ils peuvent faire de leur vie quelque chose de positif. De même ceux qui pour des raisons de famille, de convenance sociale, à cause de la guerre, ou pour toute autre raison indépendante de leur volonté sont mis dans l’impossibilité de se marier. Tout cela n’a rien à voir avec une vocation. Ce n’est pas Dieu qui les amène à ne pas se marier. Il partage leur souffrance et la soulage mais n’y est pour rien. Si l’on excepte ces deux catégories de personnes, selon Jésus il n’y a pas de motif humain pour penser à autre chose que de suivre tout ce qui, en nous, pousse naturel­lement vers le mariage. 

A vrai dire, je me demande si le mariage est si « naturel » que cela comme engagement. La pra­tique courante de la jeunesse d’aujourd’hui ne semble pas aller dans ce sens. Disons que la nature nous pousse à l’exercice de notre génitalité même si le « mariage » proprement dit est à redécouvrir et peut-être à réinventer. 

L’étrange est que la question du célibat se pose tout de même et qu’il existe des gens qui non seulement se sont posé cette question, mais y ont répondu et vivent, apparemment heureux, dans un célibat qu’ils ont choisi sans y être contraints par la nature ni par les hommes. Voilà un fait indubi­table et, en passant, il n’est peut-être pas indifférent de rappeler que cette expérience ne se limite pas à la culture chrétienne, mais se retrouve aussi dans d’autres cultures religieuses, dans le Bouddhisme avant tout, mais aussi dans l’Hindouisme, et dans certains secteurs de l’Islam, encore que d’une manière plus exceptionnelle et moins bien acceptée. 

Jésus nous dit que leurs raisons ne sont pas terrestres mais seulement célestes. Un tel choix part d’une autre logique, pas simplement d’une humanité au premier degré si je puis dire, mais d’une humanité plus profonde peut-être, car ceux qui font ce choix sont intimement persuadés de ne pas être « inhumains ». Puisqu’ils n’ont pas le sen­timent d’aller contre nature, alors qu’ils ne suivent pas le chemin que la nature les inciterait à prendre, peut-être faut-il ici oser le terme de « surnaturel » pour expliquer leur geste. 

En tout cas si nous sommes inquiets, si nous voulons savoir, si cette question est en nous, c’est que nous sommes déjà entrés dans cette autre logique, que nous sommes déjà interpellés par le 

surnaturel, par Dieu, par le paradis. Déjà nous sommes convaincus que notre bonheur, que la réa­lisation pleine de notre personnalité, sont liés à l’amour personnel de Dieu pour nous. Nous y croyons, nous en avons déjà l’intuition profonde. Peut-être n’avons-nous pas encore l’expérience suf­fisante, peut-être n’avons-nous pas la liberté totale qui viendra un jour, mais nous en avons l’intuition, nous savons que c’est de ce côté-là que nous trou­verons les réponses à nos questions sur nous-mêmes et sur notre avenir. Nous prenons ce risque, à défaut d’avoir une preuve formelle. Nous prenons le risque d’une autre logique, celle de l’amour de Dieu pour nous, au-delà de celle, pourtant irréfutable, de notre propre développement, de notre propre bonheur, tels que la nature nous les montre avec évidence. 

Lorsque nous sommes sûrs que Dieu nous aime, nous sommes aussi sûrs que nous trouvons dans cette confiance notre plus grand bonheur, mais dans les moments de déprime, quand nous doutons tant soit peu de l’amour de Dieu, nous mesurons avec effroi le risque pris, et nous devons faire de grands efforts pour continuer à croire que c’est par le chemin de l’abandon à son amour que nous attein­drons ce que nous cherchons. Nous ne devons pas minimiser la difficulté. C’est vrai qu’il y a en nous de nombreux conflits, et que si nous ne doutons pas carrément de l’existence de Dieu, nous doutons facilement de son amour, ce qui revient pratique­ment au même puisque Dieu est amour. À ces moments-là il est extrêmement malaisé de garder la même conduite, et de ne pas chercher tout seuls notre bonheur, car les évidences de la nature s’imposent d’elles-mêmes. Mais le moment est peut­être venu de poser un véritable et viril acte de foi. 

La foi en Dieu et en son amour n’est pas une évidence à laquelle nous nous rangerions, elle n’est pas un sentiment mystique auquel nous nous lais­serions aller, elle est un acte libre, un acte adulte qui suppose le doute pour être réel. Il est évident que nous ne pouvons pas suivre l’appel d’un Dieu auquel nous ne croirions pas. Il est aussi vrai que ce n’est pas parce que notre foi change de nature et passe de la foi enfantine qui est une foi transmise, affective et peu réfléchie, à la foi adulte qui est un acte libre, intelligent, volontaire, que l’appel entendu est caduc. Je sais par expérience personnelle que l’on peut à la fois douter de l’existence de Dieu et se sentir appelé par lui. Certes nous ne pourrons répondre formellement à son appel que lorsque nous croirons en lui, mais il serait déraisonnable de prendre toute autre décision avant d’avoir répondu à la question fondamentale de l’existence de Dieu. Si nous avons en nous la question de la vocation au célibat ou au mariage, une chose est certaine, c’est que nous ne lui trouverons pas de réponse dans la logique humaine qui écarte forcément a priori un des termes de l’alternative. Pour la logique humaine le célibat n’a pas de sens et ne peut pas en avoir. Si nous voulons savoir si nous sommes 

appelés au célibat, nous ne devons certainement pas le demander à la logique humaine car sa réponse est connue à l’avance. Nous devons partir de la logique de Dieu. 

Je ne vois pas d’alternative. Du point de vue de Dieu, quelles sont les possibilités? Le mariage est­il exclu? Les gens qui croient à l’amour de Dieu tombent-ils automatiquement dans la catégorie des eunuques en vue du royaume des cieux? Je pense que beaucoup se font cette idée. Ils en déduisent que les gens mariés sont des chrétiens de série « B », mais comme ils ne se sentent pas appelés au célibat, ils se résignent à une vie chrétienne de second ordre, se contentant d’être les fidèles, les ouailles, le troupeau, et s’en remettent largement à d’autres, les appelés, les consacrés, les prêtres, pour être l’ossature, la direction et l’âme d’une Eglise que par ailleurs ils confondent avec sa hiérarchie. 

Cette idée complètement et tragiquement fausse mais diffuse et qui se maintient malgré tous les efforts du dernier Concile pour réhabiliter les laïcs à leurs propres yeux, est terriblement nocive parce que sous prétexte de mettre en valeur certaines vocations, elle dénigre la vocation chrétienne et démobilise ceux qui forment la grande majorité de l’Église elle-même. Non, je suis intimement per­suadé que Dieu appelle au mariage, comme il appelle au célibat. Mais la différence est que ceux qui ne s’intéressent pas à connaître le plan d’amour sur eux, et qui suivent leur nature, se marient, alors qu’il n’existe pas un célibat naturel. J’en déduis que le mariage comme « vocation » est plus difficile à négocier que la vocation au célibat. Car le célibat est une vocation, ou bien il est vécu comme une frustration et un état contre nature, alors que le mariage, même simplement naturel, s’il est bien vécu, est source de bonheur et d’équilibre. Ceux qui se marient sans se poser le problème de la vocation n’ont donc rien à se reprocher, mais je crois que ceux qui prennent le risque de chercher à comprendre leur vocation, et donc se laissent interpeller par l’éventualité du célibat, connaissent un mariage différent, le véritable mariage chrétien, celui où le sacrement prend tout son sens et produit tous ses effets, parce qu’il est réel pour les époux que Jésus est au coeur de leur amour, et qu’ils se reçoivent l’un l’autre comme un cadeau de Dieu. Les époux attentifs expérimentent le mariage comme un don de Dieu pour l’Église entière et un appel pour l’Église entière, car il est à l’image de l’amour du Christ pour elle. Alors le choix de l’autre n’est pas précaire, conditionné à la jeunesse, à la beauté, mais c’est un choix renouvelé chaque jour, jusqu’à la fin des jours. Jésus demande à tous ceux qui veulent le suivre de prendre leur croix chaque jour. Les gens mariés qui le suivent ont une croix bien précise à prendre chaque jour, la fidélité à leur conjoint, à leurs enfants. En contrepartie dans les moments de bonheur sensible, la rencontre du conjoint sera pour eux une rencontre de Jésus res­suscité, et donc une joie céleste. À mon sens le mariage chrétien consiste à être conscient qu’en choisissant notre conjoint, nous choisissons quel­qu’un qui dorénavant sera Jésus pour nous, pour le meilleur et pour le pire, comme on dit, Jésus en croix et Jésus ressuscité. 

Les difficultés ne manquent à aucun couple. Il s’agit de les assumer quotidiennement, en pre­nant notre croix de chaque jour pour suivre Jésus. Alors je présume que le mariage contient tout le mystère de Dieu et toute la réalité du paradis. A mon sens Dieu peut appeler au mariage… A ce mariage-là, pas à un autre. Pour réaliser un tel mariage, il faut partir de la logique de Dieu, être certains que Dieu nous aime, qu’il aime notre futur conjoint, que d’une certaine manière nous sommes faits l’un pour l’autre, et que donc nous nous rencontrerons forcément si nous laissons Dieu nous réunir, lorsque nous serons capables de nous reconnaître, de nous aimer et de nous choisir pour la vie. Mais il faut impérativement vivre dans la logique de Dieu, avec la certitude qu’il ne peut pas nous tromper, qu’il ne va pas profiter de notre bonne volonté pour nous aiguiller sur une autre voie. 

Quant à nous, nous n’avons qu’à aimer le pro­chain de tout notre cceur, de toutes nos forces, et de toute notre intelligence, quel que soit son sexe, sans voir dans chaque prochain de l’autre sexe l’âme sueur possible. Mais je suis sûr, parce qu’il m’a été donné de le voir de mes yeux, que ceux qui croient sincèrement à l’amour de Dieu et qui gardent la paix, trouvent l’âme soeur, et que pour eux le romantisme n’est pas mort. 

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