Deo Gratias

Pour connaître et aimer

« JE VOUS DONNE UN COMMANDEMENT NOUVEAU AIMEZ-VOUS LES UNS LES AUTRES (ST JEAN XIII, 34)

Classé dans : Jésus-Christ — 24 février 2009 @ 8 08 36

  

MES FRÈRES, Dernièrement par une belle matinée d’automne, je suis allé me promener sur la colline de Buda. 

Il est impossible de décrire la paix et la tranquillité de la forêt qui se prépare à son long repos hivernal, lorsque les voiles blancs des toiles d’araignée flottant dans l’air et couverts de gouttes de rosée brillent et scintillent comme une couronne de perles. Tout est si calme, si paisible, si heureux, à cette hauteur… Tout est heureux sur cette terre, seul l’homme ne l’est pas. Je m’arrête à un point de vue et à mes pieds brillent devant mes yeux les blocs de pierres de la populeuse capitale. Ici sur la hauteur tout est tranquille, silencieux et heureux… Mais en bas des milliers d’hommes livrent le dur combat de la vie et leur existence n’est pas autre chose que la recherche du pain quotidien, que le chagrin et la douleur, qu’une lutte à la vie et à la mort, et qu’égoïsme. 

Il y a déjà presque vingt siècles qu’ont été prononcées sur les lèvres de Notre Seigneur Jésus-Christ ces paroles d’une sublimité sans exemple : « C’est à cela que tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres » (S. Jean XIII, 35), – il y a près de vingt siècles que Notre Seigneur nous a donné ce commandement, et l’homme est encore toujours la créature dans le monde qui a le moins d’amour pour ses semblables. Cette année, septembre a été si froid que les hiron­delles, par suite des gelées précoces, tombèrent par milliers, ne pouvant prendre leur vol; et on en eut pitié, on les ramassa et on les transporta par avion dans les pays chauds du sud, – un beau geste de notre part; mais en même temps on peut voir notre prochain tomber de froid et de faim et beaucoup qui pourraient lui venir en aide passent devant lui égoïstement. 

Amour, amour ! Le christianisme a un magnifique qualificatif « la religion de l’amour ». Et puisque maintenant je donne une série de sermons sur Notre Seigneur Jésus-Christ, il n’est que tout naturel que je consacre également une instruction à cette pensée I Pourquoi le christianisme est-il appelé la religion de l’amour? Et II Quel présent nous a fait le Christ, en faisant de l’amour la base de la religion? 

POURQUOI LE CHRISTIANISME EST-IL APPELÉ
LA RELIGION DE L’AMOUR? 

A) Notre Seigneur Jésus-Christ a proclamé, sur les relations réciproques des hommes, sur leur attitude, leurs efforts, leurs rapports mutuels, c’est-à-dire sur l’amour, des lois dont l’humanité, avant le Christ, n’avait pas eu la moindre idée et que nous autres, hommes, regarderions peut-être comme une transfor­mation radicale des lois de l’Ancien Testament, si Notre Seigneur ne nous avait pas dit d’avance : « je ne suis pas venu abolir la Loi, mais l’accomplir » (S. Mathieu V, z7). « Nous aussi nous étions autrefois insensés, indociles, égarés – écrit saint Paul – esclaves de toutes sortes de convoitises et de jouissances, vivant dans la malignité et l’envie, dignes de haine, et nous haïssant les uns les autres. Mais lorsque Dieu notre Sauveur a fait paraître sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés» 

(Tite III, 3-5). En vérité, lorsque le Christ est apparu parmi nous, sur cette terre qui ne connaissait jusqu’alors qu’un droit rigide et la force brutale, ont germé les fleurs de l’amour et de la paix. 

La religion du Christ est précisément appelée la religion dc l’amour, parce que le Christ a donné au droit comme contrepoids l’amour; et c’est seulement dans l’équilibre de ces deux forces que peut s’épanouir la vie humaine. 

B) Que nous enseigne donc le Christ sur l’amour? Il proclame clairement qu’Il attend de ses fidèles une ustice plus parfaite que celle de nos pères (S. Mathieu V, ao). Il est passé le temps où l’on disait oeil pour oeil, dent pour dent, – sa loi proclame à la place : « Vous avez appris qu’il a été dit : oeil pour œi1, dent pour dent. Mais moi, je vous dis… » (S. Mathieu V, 38). Eh bien! que nous dit-Il ? Dorénavant que personne ne condamne son prochain, afin de n’être pas soi-même condamné (S. Mathieu VII, i). Dorénavant que votre prière soit ainsi : Pardonnez-nous nos péchés, comme nous par­donnons à ceux qui nous ont offensés. Dorénavant il faut que vous soyez justes, même dans les petites choses (S. Luc XVI, ro). Dorénavant il faut que vous regardiez comme saint le mariage ~S. Mathieu XIX, i). I1 faut que vous honoriez vos parents (S. Marc VII, 10). Et ainsi de suite.  Dans l’appréciation de leurs contemporains, dans l’amour de leur prochain, même les meilleurs de l’humanité, avant le Christ, n’étaient arrivés qu’à une attitude négative : ne nourrissons pas en nous-mêmes de mauvais desseins. Mais qu’est donc la doctrine de la Stoa, qu’est donc l’enseignement de Bouddha devant la largeur de vues, la grandeur d’âme, l’épanouissement de l’amour positif, actif, utile du Christ pour les hommes? Que votre amour soit généreux « Si quelqu’un veut t’obliger à faire mille pas, fais-en avec lui deux mille » (S. Mathieu V, 4r). Que votre amour soit désintéressé : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous maltraitent et vous persécutent… Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ?» (S. Mathieu V, 44, 46). Depuis Notre Seigneur Jésus­Christ, on appelle l’amour du prochain tout simplement «une oeuvre de Samaritaine, depuis que le Sauveur nous a donné la Grande Charte de l’amour du prochain par sa parabole du bon Samaritain. 

C) Et maintenant nous comprenons pourquoi le christianisme s’appelle tout simplement « la religion de l’amour ». C’est parce que Notre Seigneur a choisi l’amour pour les colonnes de sa religion. La première colonne est l’amour de Dieu que nous devons aimer « de tout notre ceeur, de toute notre âme et de tout notre esprit » S. Mathieu XXII, 38); l’autre colonne à côté d e la première et qui n’est pas moins importante est celle-ci : « Tu aimeras ton prochain comme toi- même » ( S . Mathieu XXII, 3). Selon Notre Seigneur Jésus-Christ l’amour du pro­chain est donc à proprement parler la réalisation pratique, le monnayage de l’amour de Dieu. Il ne peut pas aimer Dieu, celui qui n’aime pas son image, l’homme. Il ne peut pas servir Dieu, celui qui offense son prochain. « Si donc, lorsque tu présentes ton offrande à l’autel, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis viens présenter ton offrande » (S. Mathieu V, 23-24). Par contre « ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait» (S. Mathieu XXV, 40). 

Mais c’est un bouleversement de tout l’Ancien Testament! Pourrait-on peut-être dire. Non. Ce n’est pas un bouleversement, mais son accomplissement, son perfectionnement. C’est la pensée exprimée par , saint Augustin dans le jeu de mots que voici : « Consum­mentur non consumantur », « Qu’elles (les lois de l’An­cien Testament) soient consommées (c’est-à-dire réali­sées) et non pas consumées » (c’est-à-dire anéanties).  (Enarratio in psalmum XXXl, 5). 

II  LA VALEUR DE L’AMOUR 

Ce que j’ai dit jusqu’à présent, mes frères, vous était certainement connu. C’est en effet une vérité bien con­nue que le christianisme est la religion de l’amour. Dans la seconde partie de cette instruction je ne veux donc plus traiter davantage de cette vérité. C’est un fait admis 

que le Christ a choisi l’amour comme base de sa religion. Mais quel présent a-t-Il fait par là à l’humanité, quelle  source de saintes énergies Il a ouverte par là à la civilisation humaine la plus vraie et la plus haute, voilà sur quoi les hommes n’ont pas l’habitude de raisonner clairement – voilà sur quoi je voudrais maintenant parler en détail. 

A) Au cours des siècles on a bien souvent reproché au christianisme que son Fondateur était un ennemi du progrès humain et de la civilisation, parce qu’Il n’a fait aucune découverte industrielle, n’a inventé aucune machine, n’a enseigné aucune nouvelle thérapeutique, n’a pas développé les arts… 

I. Mais ceux qui parlent ainsi possèdent de la civili­sation une idée bien étroite. Il y a en effet une civilisation économique, une civilisation technique et une civili­sation artistique – et de fait Notre Seigneur ne les a pas enseignées aux hommes. Mais Il les a dépassées, car leur base indispensable c’est la culture morale sans laquelle il n’y a ni vie humaine ni progrès – et Notre  Seigneur )ésus-Christ a regardé comme la chose la plus importante de toutes d’enseigner celle-ci. Quelle est l’impor­tance de l’amour pour la civilisation?on ne peut répondre à cette question que si l’on comprend nettement et clairement ce que l’Évangile entend sous ce mot « l’amour ». En effet l’évangile donne à ce terme une significationn beaucoup plus noble et plus efficace que dans l’usage quotidien. 

2. Qu’est-ce donc que l’amour selon l’Evangile? Il est la source de l’entente réciproque de nos âmes, de l’échange de ses valeurs et de notre désintéressement. 

L’amour est la force qui nous fait sortir du cercle étroit de l’égoïsme. L’amour est la puissance qui nous presse de nous soumettre aux intérêts et aux besoins des autres. L’Évangile de l’amour est donc l’Évangile de l’universalisme. Si on comprend ainsi l’amour, on voit immédiatement qu’il ne peut pas être satisfait simplement en faisant l’aumône. Faire l’aumône est une partie de l’amour, mais l’amour est encore autre chose. L’amour vivant est le désarmement absolu de l’égoïsme humain et par là l’unique obstacle à la barbarie qui vise à exploiter et à opprimer les autres. 

Mais savons-nous ce que cela signifie? Que signifie savoir étouffer le vieil instinct humain sans cesse en éveil : l’égoïsme ? Cela veut dire promouvoir la civilisation la plus vraie. Car la civilisation.- de quelque côté qu’on l’envisage – signifie dans tous les cas discipline le pouvoir de maintenir dans son lit le torrent dévastateur, de contenir dans la chaudière la force explosive de la vapeur, de détourner la force destructrice de la foudre, encore plus, de contenir dans les barrières morales les forces sauvages, tumultueuses et prêtes à éclater qui sortent des profondeurs de la nature humaine.  Oui, celui qui enseigne la discipline et le renoncement accomplit la plus belle eeuvre culturelle. Mais celui qui abaisse les barrières de l’instinct devant l’indiscipline, est l’instrument de la mort et de la ruine. Et c’est préci­sément ce qui fait la différence entre la civilisation chrétienne et la civilisation profane cette dernière flatte le fort, le puissant, le violent, celui qui écrase les autres, mais en secret elle les ronge et les dévore et finalement elle devient leur ruine; l’idée chrétienne rend peut-être soucieux et effraye ceux qui brillent de santé et s’enivrent des plaisirs de la vie, mais c’est seulement pour les préserver de la ruine et de la destruction qui les attend autrement. 

3. Et si quelqu’un secouait la tête et allait jusqu’à prétendre que la pensée austère du christianisme et sa conception de l’amour fussent désavantageuses, parce que les peuples n’ont pas besoin d’une gravité suprater­restre ni de l’amour de la paix, mais du rayon de soleil des joies de ce monde et de la force sans limite -je lui dirais, si quelqu’un était de cette opinion, qu’il ferait bien de réfléchir sur les lecons du passé, sur le sort des empires grec et romain. Y a-t-il eu une civilisation aussi baignée de soleil et de lumière, aussi attirante, aussi gaie, aussi fraîche et aussi riche que cette civilisation grecque qui buvait à longs traits toutes les jouissances ? Il y en a qui, aujourd’hui encore, soupirent après cette « civilisation du culte de la beauté », comme on appelle la culture grecque. Mais si ce passé revenait, comme il paraîtrait étranger parmi nous ! Parmi nous qui avons appris depuis le sérieux et la profondeur de la vie, qui savons aujourd’hui que la vie humaine sur la terre n’est pas le moment des amusements et des dissipations, mais impose la tâche d’atteindre un but sublime par un sérieux accomplis­sement de ses devoirs. Le Grec souriait, mais le but pour lequel il vaut réellement la peine de vivre, il ne le voyait pas. Il nous reste de magnifiques statues grecques, mais elles n’ont pas d’yeux, elles sont toutes aveugles; car le monde grec tout entier était aveugle sur la question de la destinée humaine. 

Y a-t-il eu une puissance qui ait su pratiquer la poli­tique de la force brutale et impitoyable comme l’an­cienne Rome ? Et quelle a été la cause de la ruine de cette puissance sans borne ? Sa propre impuissance. Car c’est la force brutale qui forge pour les masses les chaînes de l’esclavage spirituel, mais les débordements d’une vie effrénée sont le ver rongeur et destructeur de l’arbre des peuples. 

4. Et maintenant regardons la force de l’évangile et la bonne nouvelle de l’évangile.  L’évangile aussi prêche l’énergie, mais il la met au service du but le plus noble; ce but, c’est la civilisation du royaume de Dieu. Plus ce but est grandiose, plus immense est le travail nécessaire pour l’atteindre. Tandis que l’idée du monde affranchi du christianisme proclame et étend sans limite les droits de la person­nalité, et promet la conquête du monde (celaa ne reste qu’une promesse), le christianisme regarde cette vie comme trop limitée, trop bréve, pour mettre sa force exclusivement à son service. Le païen aussi croit à une vie quelconque dans un autre monde, mais seul le christianisme s’est élevé dans ces hauteurs d’où la vie surnaturelle exerce une influence décisive sur l’ensemble des actes et des ambitions de la vie d’ici-bas. Et l’ensei­gnement le plus particulier à Notre Seigneur Jésus­Christ est précisément celui par lequel Il a transformé à la lumière de l’autre vie toute notre manière de voir et de penser. Pour nous exprimer en d’autres termes depuis le Christ, l’homme a pris une valeur immense, mais a grandi pareillement le travail qui nous échoit pour atteindre notre fin sublime. Le Christ nous a donné pour fin dernière d’atteindre le Dieu éternel et par là Il nous a ouvert une source inégalable de joie au travail et d’amour du progrès. 

B) Mais je sais bien, mes frères, qu’après ce que je viens de dire plus d’un continuera à hocher la tête. Qu’est-ce que je viens de dire? ceci, que le Christ nous a donné comme fin dernière d’atteindre la vie éternelle et que par là Il a ouvert aux hommes une source abondante et puissante de joie au travail et d’amour du progrès. 

Comment ce but peut-il être une source de joie au travail ? demandera-t-on d’un air de doute. Arriver iusqu’à Dieu, une source de joie au travail? J’avais pensé jusqu’alors que la lutte pour la vie, la recherche de la fortune, l’argent étaient la source de la joie au travail. Mais non pas aller à Dieu ». 

I. Quelle erreur, mes frères ! L’argent sépare les hommes, Dieu les unit. Ce qui est un gain pour l’un est une perte pour l’autre. L’argent ne peut pas appar­tenir de façon égale à tous, mais Dieu le peut. Plus je donne d’argent à un autre moins il m’en reste, mais plus je donne Dieu aux autres, plus je fais connaître Dieu aux autres et plus je conduis les autres vers Dieu, mieux je connais Dieu moi-même et plus je me rap­proche aussi de Lui. Et c’est ainsi que le christianisme réalise ce qui paraît impossible chacun peut déployer sans borne sa joie au travail et son ambition, sans blesser par là les intérêts d’un autre ni lui faire le moindre tort. Et c’est ainsi que dans le christianisme seulement se vérifie cette magnifique pensée : « Vivre c’est aimer ». 

Oui, le travail accompli en vue de conquérir le royaume de Dieu est un travail civilisateur au sens le plus noble du mot, parce qu’il a lieu pour des fins que personne ne peut imaginer plus élevées : pour une ingénieuse for­mation de la personnalité immortelle, pour la connais­sance de la vérité éternelle, pour la formation de l’image de Dieu dans l’âme de l’homme. L’esprit de l’évangile n’est donc pas en contradiction avec l’ceuvre de la civilisation, mais l’élève et l’ennoblit; il l’ennoblit en amenant dans les hauteurs des devoirs de la vie éternelle toutes les fibres et toutes les formes de la vie culturelle, la fortune et le travail. 

2. Du reste la vérité de cet exposé théorique se trouve confirmée par cette simple constatation que la religion de l’évangile a été réellement la source d’une civilisation dont l’homme n’avait encore jamais atteint la hauteur, la civilisation chrétienne. Il y a dans l’évangile un tel programme divin de civilisation que depuis, l’idéal de l’homme sur terre s’est totalement transformé. La technique, la machine, la matière réduisent facilement l’homme en esclavage et c’est la culture chrétienne qui le tire de ses chaînes. 

C’est ainsi qu’à présent nous comprenons exactement les paroles du Seigneur à cause desquelles la force civilisatrice du christianisme est habituellement attaquée. « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par son onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres, et il m’a envoyé guérir ceux qui ont le ceeur brisé, annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue » (S. Lue IV, I8-Iq).  Oui, le Seigneur veut guérir tous ceux qui croient voir, mais que les biens de cette terre ont rendus aveugles. – les guérir pour qu’ils voient réellement, qu’ils voient leur vocation éternelle. Guérir ces malheu­reux qui se croient riches et satisfaits au milieu de leurs richesses terrestres. Guérir ces pieds agiles au travail qui, malgré un travail écrasant, se figurent en bon état, tandis que, à la lumière de lavie éternelle, ils sont perclus et boiteux. 

3. Mais après cela je puis exprimer la constatation finale du sermon d’aujourd’hui.  Que nous a donné le Christ ? La bonté – et c’est la valeur culturelle la plus haute de l’humanité. 

I) La bonté? La valeur culturelle la plus haute? demandez-vous. Mais comment peut-on parler ainsi? Ce qui a de la valeur, c’est la chaudière qui siffle, c’est l’hélice de l’avion qui bourdonne, c’est le moteur Diesel qui ronfle, – mais la bonté?  Et pourtant je le répète : cette bonté que l’homme a apprise du Christ est la plus haute valeur culturelle. Je le vois au fait que nous sommes tombés dans une exis­tence inhumaine, bien que nous ayons une foule de chaudières, d’hélices et de moteurs, – mais il n’y a pas en nous suffisamment de bonté. Oui, la chaudière, la machine et le moteur appartiennent aussi à notre vie, mais il est indéniable que cette vie mécanique ne peut réaliser la noblesse de la vie humaine que si nous instillons d’abord dans les rouages de la machine les gouttes d’huile de la bonté du Christ; si je caresse mon cheval et lui donne un morceau de sucre, si je remercie le domestique, lorsqu’il m’apporte un verre d’eau, si je félicite la cuisinière d’avoir préparé un bon repas, si je viens en aide au commissionnaire autant que je le peux, si je ne laisse pas le chauffeur attendre pendant des heures dans la rue sous la neige, si je prends part à la douleur d’autrui, si je partage la joie des autres, si je suis sévère pour moi­même et indulgent pour autrui… que dirai-je de plus si je suis bon conformément à la bonté que j’ai apprise du Christ. 

2) « Mais la bonté c’est de la faiblesse » direz-vous peut-être. Une faiblesse qui ne convient pas à un homme supérieur ». Eh bien! Napoléon était certainement un homme supérieur. Et pourtant, lorsqu’il fut obligé de quitter l’Égypte pour rentrer à Paris y rétablir l’ordre, son vaisseau non loin de Marseille fut atteint par le canon d’un navire anglais qui lui donnait la chasse et un mate­lot tomba à l’eau, le capitaine du vaisseau français voulut poursuivre sa route, parce que de plus grands intérêts étaient en jeu que la vie d’un homme, – c’est alors que Napoléon donna cet ordre « Non, arrêtez et sauvez cet homme ? » 

Vous le voyez, même au milieu de la tâche la plus importante on peut être compatissant et attentif, et même, sans bonté, on ne peut pas se représenter une vie humaine. Sans bonté il ne peut y avoir de vraie civili­sation, car l’âme de la civilisation c’est la civilisation de l’âme. L’homme est né égoïste, – mais de l’égoïsme ne sort aucune civilisation, uniquement une lutte féroce pour le pain quotidien. 

*       

Mes frères, un monsieur entra dans une bijouterie et demanda un bibelot, un bijou porte-bonheur. Le bijoutier lui présenta tout un choix de ces objets, un champignon en émail, une araignée en argent, une petite étoile dorée, un ramonneur, un fer à cheval en diamant. Le monsieur regarda toute la collection puis il dit . Rien ne me convient, il me faudrait autre chose. Quoi donc, je vous prie ? Un caeur. Un petit coeur en or. 

Je n’en ai pas du tout, dit le bijoutier – essayez peut-être de chercher ailleurs. Le monsieur partit et visita encore trois bijoutiers, mais sans trouver de coeur nulle part. Partout on s’excusait de ne pas en avoir, parce qu’il n’était plus à la mode. Finalement le monsieur s’impatienta et dit . 

Que vais-je donc faire à présent ? Où trouverai-je dans cette grande ville un petit coeur ? Il sortit dépité du magasin, mais le bijoutier lui cria 

Essayez donc de chercher chez un marchand d’anti­quités, peut-être y trouverez-vous quelque chose… Mes frères, n’est-ce pas le malheur de l’homme d’aujourd’hui que le coeur doré n’est plus à la mode ? Qu’il est vieilli et tombé dans les rayons de bric à brac cet amour, cette amabilité, cette attention et cette complaisance que jadis on aimait à représenter par ce symbole d’un coeur en or. 

Les hommes ont énormément d’or, seulement ils n’en ont pas pour un coeur. Savez-vous combien il y a d’or sur la terre? Quelqu’un a pris le temps de faire le calcul. Dans le globe il y a assez d’or pour pouvoir en faire une route de 77 kilomètres de long sur 3 centi­mètres d’épaisseur et 6 mètres de largeur. Une immense valeur! Tant il y a d’or dispersé dans le monde. Et à quoi sert-il? A rien. L’humanité est quand même malheureuse. Et quand il y en aurait dix fois autant. Ou même si le globe entier était en or, l’homme serait-il plus heureux? Pas du tout. Mais il serait certainement plus heureux et la satisfaction, la tranquillité et une sainte paix descendraient sur son âme, comme une soirée d’automne sur le sommet de la montagne, si… s’il y avait en lui un amour plus grand, tel que le Christ a apporté sur la terre, lorsqu’Il a dit : « Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres » (S. Jean XIII, 34). Voici, résumé en une seule phrase, tout mon sermon 

d’aujourd’hui Le Christ Notre Seigneur a apporté l’amour parmi nous et sans l’amour du Christ il n’y a pas de vie vraiment humaine. Amen. 

Pas de commentaire »

Pas encore de commentaire.

Flux RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

 

la pagina di San Paolo Apos... |
De Heilige Koran ... makkel... |
L'IsLaM pOuR tOuS |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | islam01
| edmond-catho-hebdo
| edmond-catho-hebdo