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Les Croisades

Classé dans : Dossiers,Histoire,Sujets qui fâchent — 27 mai 2008 @ 14 02 23

 Les Croisades ont une image très négative dans l’opinion publique de notre société, même chez les chrétiens. On aime à se représenter les armées croisées comme une troupe de nobles ruinés, inactifs et donc cruels, qui pour passer le temps et remplir leurs poches vides, chevauchèrent en Orient et en Occident en pillant et en massacrant, par intégrisme et par intérêt personnel.

Mais il n’en est rien. Je vais vous le démontrer, en commençant par la partie histori­que, puis je vous proposerai quelques arguments en réponses aux idées reçues par la société et les médias.

I. Les causes des Croisades

Tout d’abord, le mot croisade est postérieur aux premières croisades : la date du tout début du XIIIe siècle. A l’origine on parlait de « prendre la croix » ou « servir la croix » ; et on partait en « pèlerinage », et non pas en « croisade ».


L’objectif premier de la croisade est religieux : il s’agit de mettre ses pas dans ceux du Christ. En effet, l’empereur byzantin Constantin, au IVe siècle, fait mettre au jour les lieux où Jésus a vécu. Bethléem, Nazareth et Jérusalem deviennent des lieux de pèlerinage, d’autant plus que cette expédition permet la rémission de tous ses péchés.

Mais en 638, les Arabes partis à la conquête du monde pour répandre la foi de Ma­homet, prennent Jérusalem. Les chrétiens sont tolérés, mais ont un statut d’inférieur ap­pelé dhimmi, avec des obligations comme le port de signes distinctifs et le paiement d’un impôt spécial, la djizya. Il leur est interdit de construire de nouvelles églises. Fina­lement, le nombre a beaucoup baissé en Orient au cours de siècles.

Cependant, aux IXe et Xe siècles, les pèlerinages en Terre sainte se font plus nom­breux. On voit des chrétiens de tout l’Occident se diriger vers Jérusalem. Leurs condi­tions de voyage sont très rudes et dangereuses. Certains sont tués s’ils refusent de se convertir à l’islam. Cela s’aggrave au XIe siècle quand les Turcs s’emparent de Jérusa­lem en 1078. Les pèlerinages finissent par s’interrompre. La situation est donc déplora­ble, et l’Eglise chrétienne doit intervenir.

II. La première croisade

L’idée de croisade va germer lentement dans l’esprit du pape Urbain II. En 1095, il fait une tournée de prédication en France. Le 27 novembre, au dixième jour du Concile de Clermont-Ferrand, il présente la situation lamentable de la Terre sainte et lance un appel à libérer le tombeau du Christ et délivrer les chrétiens d’Orient qui sont dominés par les musulmans. A ceux qui le feront, le pape promet une indulgence plénière et la sécurité de leurs biens, placés sous la protection de l’Eglise. Dans d’autres villes françaises, il renouvelle cette promesse.

La première croisade s’ébranle le 15 août 1096, en différents groupes : certains avec le prélat donné par le pape : Adhémar de Monteil, d’autres avec Godefroy de Bouillon. Ils prennent des routes différentes mais se retrouvent finalement en mai 1097 à Cons­tantinople. 30 000 hommes en tout, qui ne parlent pas la même langue, mais comme les Français sont nombreux, ils sont tous appelés les Francs. Ils prennent les villes de Ni­cée et Dorylée, puis assiègent Antioche. On découvre alors, sous l’église Saint-Pierre, la Sainte Lance de la Passion de Jésus, ce qui va enflammer les troupes franques et leur donner la victoire. En juin 1099, les croisés mettent le siège devant Jérusalem. Comme l’année précédente, les Egyptiens ont arraché la ville aux Turcs, ceux sont eux qui su­bissent le choc de la prise de Jérusalem par les chrétiens, le 15 juillet. C’est un massa­cre violent. Je reviendrai sur les causes de cette violence plus loin.

Après cela, il faut donner un statut à Jérusalem. Un royaume latin est donc institué ; Godefroy de Bouillon en prend la tête. 80 chevaliers restent avec lui, les autres pèlerins retournent en Europe. Pour protéger les Etats chrétiens d’Orient et les pèlerinages ve­nus de l’Occident, des ordres de moines-soldats sont fondés : les Hospitaliers en 1113 et les Templiers cinq ans plus tard.

Les Etats latins s’agrandissent et vivent dans la prospérité.

III. Les autres croisades

Je vous raconte brièvement –

Après l’élan de foi de la première croisade, les croisades suivantes n’auront pour but que de secourir ou renforcer les Etats implantés en Orient, tout en conservant le même désir religieux d’assurer le pèlerinage au Saint Sépulcre.


Ainsi, la deuxième croisade est la riposte à la chute d’Edesse, ville reprise par les musulmans en 1144. La deuxième croisade est demandée par le pape Eugène III, prê­chée par saint Bernard de Clairvaux à Vézelay, et menée en 1147, par l’empereur ger­manique Conrad III et le roi de France Louis VII. Mais le désaccord entre ces deux sou­verains provoque l’échec de l’expédition.

En 1187, le sultan Saladin, qui a conquis la Syrie, l’Egypte, l’Irak et l’Asie mineure, re­prend Jérusalem et une grande partie des territoires francs, à la fin de la terrible défaite des croisés à Hattîn, le 4 juillet.


Ceci génère la troisième croisade, deux ans plus tard. Elle est demandée par le pape Grégoire VIII. Philippe Auguste roi de France, Frédéric Barberousse et Richard Cœur de Lion, rivaux en Europe mais unis provisoirement en Orient, y participent. Ils re-gagnent Chypre et Acre, mais ne parviennent pas à conquérir Jérusalem. Cependant, Saladin accorde un libre accès aux lieux saints.


En 1202, le pape Innocent III lance une quatrième croisade. L’Egypte est l’objectif initial car ce pays est devenu le centre de la puissance musulmane. La flotte de Venise transporte les troupes. Les volontaires ne sont pas assez nombreux pour payer le prix convenu, les Vénitiens se paient en prenant d’assaut Constantinople et en la pillant.


Innocent III puis Honorius III sont successeur relancent un appel à la croisade en 1212. Cette cinquième croisade aboutit à la conquête de Damiette en Egypte. Mais le légat pontifical Pélage, les Ordres hospitaliers et les représentants des villes italiennes refusent d’échanger Damiette contre Jérusalem, à cause de la richesse de la première ville.

En 1212 on peut également citer la croisade des enfants. Des milliers de jeunes partis spontanément vers la Terre Sainte meurent sur les routes ou sont vendus aux musul­mans.


En 1229 se déroule la sixième croisade. L’Empereur germano-sicilien Frédéric II né­gocie avec le sultan d’Egypte et gagne la restitution de Jérusalem, Bethléem et Naza­reth. Mais en 1244, Jérusalem est reprise par les musulmans une dernière fois.

Saint Louis entreprend en 1248 la conquête de l’Egypte et s’empare de Damiette. Mais son armée est ravagée par la peste. Le roi, très malade, est capturé et n’obtient sa liberté qu’au prix d’une rançon, et de la restitution de Damiette.

La huitième croisade, en 1270, s’achève en désastre : saint Louis meurt devant Tu­nis.


On parle d’une neuvième croisade, en 1291, pour tenter de lever le siège de la ville d’Acre, en vain. Cette ville tombe le 28 mai aux mains du nouveau sultan. Les Etats la­tins achèvent de disparaître.

IV. Que répondre aux idées reçues ?

  1. Les croisades sont-elles une « agression » contre le monde musulman ?

Non, puisque c’est l’Orient chrétien qui a été conquis par les musulmans, comme on a pu le voir dans les causes des croisades. Ce sont les musulmans qui ont interdit l’accès aux lieux saints et persécuté les chrétiens. Ainsi, certaines terres reprises aux Arabes lors de la première croisade par les chrétiens, n’étaient passées que depuis très peu de temps à l’islam. Antioche, prise par les croisés en 1098, n’était que depuis douze ans aux mains des Turcs. Les croisades sont donc une reconquête de la Terre du Christ, à l’image de la « Reconquista » espagnole menée pendant plusieurs siècles par les royaumes chrétiens du nord pour libérer l’Espagne de l’islam ; elle ne s’achèvera qu’en 1492, avec la prise de Grenade.

Les Croisades furent aussi une entreprise de libération des chrétiens d’Orient, mo­tif invoqué par Urbain II quand il prêcha la première croisade.

Les Croisades ne sont donc pas une « agression » contre le monde musulman. D’ailleurs, pour les croisés, l’ennemi n’est pas désigné comme appartenant à la religion de Mahomet, et ils l’appellent « turc », « mède », « sarrasin », « perse » ou « païen », sans trop savoir.

  1. La croisade est-elle une « guerre sainte » ?

Cette expression est ambiguë : elle est juste, dans le sens où les armées étaient in­cités à combattre pour Dieu et marchaient sous le signe de la croix.

Mais cette expression est fausse si on compare la croisade avec le djihad, la guerre sainte musulmane. Celle-ci est un devoir pour tout bon musulman qui doit répandre par les armes la religion de Mahomet ; selon le Coran, le monde est un vaste champ de ba­taille et le but final est la conversion de tous à la foi de Mahomet. Mais comment compa­rer Mahomet – qui a encouragé la conquête et s’est présenté comme le chef d’une communauté autant religieuse que politique appelée Umma – et le Christ, dont la religion s’est répandue par la prédication, la force du message évangéli­que et le sang des martyrs ? De plus, la Croisade fut une institution provisoire, fruit de circonstances particulières et née de la nécessité de répandre la chrétienté, tandis que le djihad est une institution permanente, crée dans le but de la conquête reli­gieuse.

Rappelons la mentalité de la Croisade :

La Croisade fut avant tout un pèlerinage – armé. Des religieux prêchaient avant les batailles. En esprit de pénitence et de réparation des outrages fait à Notre-Seigneur, les croisés pratiquaient des jeûnes de trois jours, assistaient à la messe régulièrement, aux processions, et se confessaient auprès de nombreux prêtres qui les accompagnaient. Les lieux saints, but du pèlerinage, étaient décrits par les croisés comme les lieux géo­graphiques de l’Incarnation et de la Rédemption, l’endroit béni où notre salut fut accom­pli.

Comme preuve de la grande foi des croisés, notons que beaucoup de soldats faits prisonniers par les musulmans refusèrent d’apostasier, et moururent martyrs. L’abbé Jean écrivit même à saint Bernard ces lignes : « Tous les vides laissés dans le ciel par la chute des anges lors de la révolte de Lucifer se trouvaient comblés par les âmes de ceux qui étaient morts à l’expédition sainte. » On peut donc conclure que les armées croisées étaient bien encadrées religieusement, et même des saints dont j’ai déjà parlé y ont participé : saint Bernard de Clairvaux, saint Louis roi de France, et sans doute d’autres encore…

  1. Les croisades furent-elles des entreprises essentiellement politiques ?

Les objectifs politiques n’étaient pas absents de l’entreprise des croisades. Certaines croisades furent, comme nous avons pu le voir, déviées de leur but premier ; surtout la quatrième croisade, qui aboutit au sac de Constantinople. Ce violent saccage a pour cause les mauvaises relations entre les Grecs et les Francs. Les Grecs méprisaient les Francs, les considérant comme des barbares et des mercenaires. De leur côté, les Francs croyaient les Grecs plus ou moins alliés des Turcs… Ce sac fut pour certains chevaliers l’occasion de ramasser un butin, et pour d’autres surtout l’occasion de se venger de l’empereur grec accusé d’avoir pactisé avec Saladin. Mais en tout cas, ce n’est certainement pas à la papauté qu’il faut adresser des reproches : Innocent III dé­clare lui-même de ses propres troupes : « Vous avez dévié et fait dévier l’armée chré­tienne de la bonne route dans la mauvaise. » Le sac de Constantinople, resté comme une déchirure dans la mémoire orthodoxe, rendra irréparable le schisme de 1054 entre la chrétienté latine et la chrétienté d’Orient.

Cependant, dans la majorité des cas, ce furent des intentions spirituelles qui guidè­rent les pas des croisés.

  1. Les croisades ont-elle obéi à des motivations économiques ?

Non, les croisades ne furent pas une entreprise coloniale. Cette idée est née chez les historiens afin d’expliquer par des causes naturelles l’enthousiasme des chrétiens pour les croisades. Leur explication repose sur l’accroissement démographique enregistré à la fin du XIe siècle et au début du XIIe siècle en Occident.

Mais cet argument perd sa force lorsqu’on considère les terres du royaume de France à cette époque : de grandes étendues sont incultes, vides. De plus, les nobles qui me­nèrent la première croisade – puisque les autres croisades n’ont servi qu’à sau­vegarder les acquis de la première – avaient beaucoup mieux chez eux ; pour ne citer qu’eux : Baudouin de Boulogne, Godefroy de Bouillon duc de Basse-Lorraine, Raymond de Saint-Gilles comte de Toulouse, et plus tard les rois de France et d’Angleterre, dont saint Louis qui resta sept ans en Orient alors qu’il possédait le premier royaume d’Occident : tous n’avaient rien à gagner sur le plan matériel… plutôt tout à perdre. En effet, certains chefs croisés se sont endettés personnellement en s’équipant pour la croisade.

De plus, les villes de Palestine n’étaient pas des plus attractives pour le commerce : il n’y avait aucune ville manufacturière. Quant à l’agriculture, c’étaient des terres peu fer­tiles et on y pratiquait un élevage dans le cadre du nomadisme.

Les croisés ne furent d’ailleurs en Terre sainte qu’une minorité noyée dans une majo­rité indigène. Les rois francs de Jérusalem ne disposaient pour se défendre que d’un peu plus d’un millier de chevaliers.

Les croisades ne sont donc en aucun cas une colonisation. L’esprit de la plupart des croisés était un esprit de service rendu à Notre-Seigneur. Il voulaient être des soldats attachés au Divin Maître dont ils défendaient courageusement les biens, et non pas des maîtres de territoire. Godefroi de Bouillon, vainqueur de la première croisade refusa le titre de « roi de Jérusalem » préférant le titre d’« avoué du Saint Sépulcre » et se re­trouva à la tête d’un modeste état.

  1. Comment expliquer le massacre du sac de Jérusalem et celui de Béziers ?

Le 15 juillet 1099, à la fin de la première croisade et après un siège d’un mois, l’assaut de Jérusalem est donné ; les croisés pillent la ville et tuent beaucoup d’habitants. Comment les croisés peuvent-ils s’être conduits de la sorte alors qu’ils arri­vent au bout de leur pèlerinage ?

Il convient de replacer l’événement dans son contexte. Quand les croisés arrivent à Jérusalem, ils sont partis trois ans plus tôt. Il faut imaginer ce que pouvait représenter, au XIe siècle, un voyage à pied ou à cheval, depuis l’Auvergne ou la Lorraine jusqu’en Palestine ! L’aventure absolue. Ils ont connu la faim, la soif, les raids turcs. Leur armée avait déjà reçu une attaque musulmane. La fatigue nerveuse et l’angoisse avant l’assaut s’allient à la peur de la mort qui frappe partout. Alors cette tension extrême se décharge dans le combat au corps à corps, les passions prennent le dessus inévitablement. Il ne s’agit pas d’un massacre calculé par fanatisme religieux, mais de l’explosion guerrière de soldats excités par un siège et un voyage très dur, un réflexe humain qui estime avoir droit à une récompense pour son exploit.

Et sans justifier cet acte, on peut remarquer que le massacre de la population après la prise d’une ville est une pratique courante au Moyen-Age et se poursuivra en Europe jusqu’à l’époque moderne. Il y eu par exemple la même chose lors de la prise de Damas par les Mongols.


Quant au sac de Béziers, il se situe dans le cadre de la croisade contre les albigeois. Ceux-ci sont des adeptes de la secte cathare. Je présente brièvement ses idées. Cette secte est manichéenne, c’est-à-dire que selon elle le monde visible n’est que mal et im­pureté et a été formé par Satan, tandis que le monde spirituel n’est que bien et a Dieu pour souverain. De ce fait, l’Ancien Testament ne serait que l’histoire de la domination du démon, tandis que le Christ n’aurait que sa nature divine, son corps n’étant qu’une apparence, puisque la chair ne serait que l’œuvre du diable.

Bref, une croisade est ordonnée par Innocent III en 1209, et dirigée par Simon de Montfort, pour combattre la secte cathare hérétique. Les armées se retrouvent au pied des murailles de Béziers. Les chefs militaires parlementent avec les habitants pour qu’ils acceptent de livrer les cathares qui se trouvent dans la ville.

Mais le saccage de la ville n’est pas du tout le fait des chevaliers, mais celui des « ri­bauds », c’est-à-dire des piétons qui suivent l’armée, composés en grande partie d’aventuriers et de brigands, qui escaladent la muraille et saccagent la ville, tuant ainsi 20 000 personnes. Cet accident ne peut être reproché aux croisés, mais à ces piétons qui suivaient la croisade.

  1. Comment expliquer aussi les massacres de la croisade des « pauvres gens » ?

Après l’appel à la première croisade d’Urbain II, 15 000 gens du peuple, accompa­gnés par le moine Pierre l’Ermite, décident de partir en croisade. Mais ils marchent en bande dans le désordre et l’indiscipline générales. On y trouve des pèlerins mais aussi des aventuriers que Jérusalem intéressait bien moins que les pillages et les massacres ; il y a aussi des femmes non mariées et des vieillards, contrairement à l’ordre du pape qui a interdit à ces deux catégories de personnes de partir, pour éviter le libertinage, et que les croisés soit gênés par des personnes âgées. De plus Urbain II a obligé les fidè­les a demandé la permission de partir à leur curé, et à attendre huit mois avant le départ de la croisade. Ce ne fut pas respecté par ces bandes populaires. Et ils massacrèrent particulièrement des communautés juives, surtout à cause des rumeurs qui couraient à propos des juifs. On avait accusé leurs coreligionnaires de Palestine d’avoir fait un pacte avec les sultans pour la destruction de Jérusalem ou encore d’avoir noyé des chrétiens et empoisonné les sources de la ville de Worms.

Toutefois, les évêques se sont courageusement opposés. On ne peut pas reprocher ces exactions à l’Eglise : ces bandes populaires ne s’étaient pas mises sous son com­mandement et sa discipline. Les bandits qui tournaient autour de la cohorte des pèlerins et n’avaient quasiment rien à voir avec la croisade. Mais leurs méfaits servent comme matière pour calomnier l’Eglise.

Les pauvres gens furent dispersés et massacrés par les Turcs bien avant d’avoir at­teint la Terre sainte.

7) Les Croisades sont-elles responsables de l’hostilité et de la haine durable entre l’Occident et le monde musulman ?

Non, puisqu’elles datent d’avant les croisades. Et si les torts sont partagés, il ne faut pas caricaturer la situation créée en Orient par les Croisades. Des alliances ont pu se nouer entre chrétiens et musulmans, parfois contre leurs coreligionnaires. Des amitiés et une estime réciproque ont pu naître entre les chefs militaires. La plus connue est celle du roi Richard Cœur de Lion et du sultan musulman Saladin. Les contacts culturels ont été plus limités mais ne sont pas absents, en particulier dans le domaine de l’architecture.

Et les deux siècles de présence franque ont compris des périodes de paix entre chré­tiens et musulmans. L’un d’eux raconte : « Les chrétiens font payer aux musulmans, sur leur territoire, une taxe qui est appliquée en toute bonne foi. Les marchands chrétiens, à leur tour, paient en territoire musulman sur leurs marchandises ; l’entente entre eux est parfaite et l’équité est observée en toute circonstance.

En conclusion

On peut retenir deux aspects essentiels des croisades :

- le bilan militaire et religieux : « Vers 1090, écrit René Grousset, l’islam turc, ayant chassé presque entièrement les Byzantins de l’Asie, s’apprêtait à passer en Europe. Dix ans plus tard, non seulement Constantinople sera dégagé, non seulement la moitié de l’Asie mineure sera rendue aux Grecs, mais la Syrie et la Palestine seront devenues colonies franques. La catastrophe de 1453 – prise de Constantinople par les Turcs – qui était à la veille de survenir dès 1090, sera reculée de trois siècles et demi. » Le bilan des croisades, c’est aussi ce répit accordé aux chrétiens d’Orient… Et tout cela grâce à l’initiative d’un pape ! (Urbain II)

- Le second aspect, c’est l’acte de foi de la société médiévale. Vital raconte : « Dès que le pape Urbain II eût prêché devant la foule assemblée, la grâce de Dieu permit qu’une incroyable ardeur de partir enflammât une innombrable quantité de personnes, les persuadent de vendre leurs biens et d’abandonner tout ce qu’elles possédaient. Un admirable désir d’aller à Jérusalem ou d’aider ceux qui partaient animait également les riches et les pauvres, les hommes et les femmes, les moines et les clercs, les citadins et les paysans. » Ainsi, la première croisade est, avant une reconquête militaire : un pèleri­nage, un acte de foi.


Je finis par une anecdote. Lors de l’anniversaire du début de la première croisade en 1995, le maire socialiste de Clermont-Ferrand a patronné un voyage de jeunes de sa municipalité. Il s’agissait de demander pardon aux musulmans pour les horreurs commi­ses par les croisés…

Les Chrétiens d’Orient d’aujourd’hui, victimes de la montée quotidienne du fanatisme islamique, ont sans doute apprécié cette initiative.

Sources :

  • Savoir et servir n°60 : « Croisades… Inquisition… Faut-il demander pardon ? »

  • Historiquement correct par Jean Sévillia

  • Grands mythes de l’histoire, Collection mémoire de la Nef : L’épopée des croisades, par Eric de Boysson

  • Permanences n°396 : Vaincre les idées reçues

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