Deo Gratias

Pour connaître et aimer

La fabuleuse histoire de la composition du «Messie» par Haendel

Classé dans : Culture — 27 mai 2008 @ 14 02 28

PAR une nuit de 1741, un vieillard au dos voûté errait sans but dans les ténèbres des rues de Londres. Ce n’était autre que Georg Friedrich Haendel, partant pour un de ces vagabondages sans espoir qui étaient devenus pour lui un rite nocturne. Dans son esprit tourmenté s’affrontaient l’espoir, fondé sur ses gloires passées, et la crainte d’un avenir incertain. Pendant quarante ans, Haendel avait écrit une musique majestueuse pour l’aristocratie anglaise et celle du continent. Des rois, des reines l’avaient comblé de faveurs. Puis la société des gens de cour se détourna de lui; des rivaux jaloux montèrent des cabales pour empêcher que fussent joués ses opéras. Le musicien tomba dans la gêne.
Quatre ans plus tôt, une hémorragie cérébrale avait paralysé son côté droit. Il ne pouvait plus ni marcher ni mouvoir sa main droite. Impossible d’écrire une ligne. Les médecins consultés lui laissaient peu d’espoir de guérison.


Haendel s’en fut alors à Aix-la-Chapelle pour y faire une cure thermale. On l’avait averti qu’il risquait la mort s’il demeurait plus de trois heures de suite dans ces eaux brûlantes. Il y resta neuf heures d’affilée. Peu à peu, la vigueur revint dans ses muscles inertes. Il put de nouveau marcher et bouger les doigts.
Dans une orgie de fièvre créatrice, il composa successivement quatre opéras en très peu de temps. De nouveau, il se vit comblé d’honneurs.
Mais, à la mort de la reine Caroline, sa puissante et fidèle protectrice, Haendel dut accepter de voir son revenu réduit. Un hiver glacial sévissait sur l’Angleterre et, comme on ne pouvait chauffer les théâtres, les représentations furent suspendues. A mesure que Haendel s’endettait plus avant, l’étincelle créatrice le désertait. Il approchait de la soixantaine. Il se sentait vieux et désespérément las. Toute joie l’avait quitté.
Ce soir-là, comme il errait solitaire dans les rues de Londres, il devina vaguement, dans l’obscurité, la façade d’une église. Il s’arrêta, en proie à d’amères pensées.  » Pourquoi Dieu m’a-t-il permis de ressusciter pour que mes frères m’ensevelissent de nouveau parmi les morts? Pourquoi a-t-il daigné consentir à mon retour à la vie si je n’ai plus désormais la possibilité de créer?  » Des profondeurs de son être un cri monta : « Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m’avez-vous abandonné? « 
Découragé, il reprit le chemin de son misérable logis, où il trouva un gros paquet sur son pupitre. Il brisa le cachet, défit les papiers qui l’enveloppaient. Bah! Un livret  » Un oratorio sacré. « 
Haendel grommela entre ses dents. Un produit de ce poète de second ordre, gorgé de faveurs, Charles Jennens. Le livret était accompagné d’une lettre. Jennens y exprimait le voeu que Haendel se mît immédiatement à l’oeuvre, ajoutant  » Le Seigneur en a donné l’ordre. « 
Haendel grommela de plus belle. Jennens avait-il l’impudence de se figurer que Dieu l’inspirait? Le vieux maître n’avait rien d’un dévot. Il avait toujours secouru les malheureux, souvent au prix de lourds sacrifices, mais il avait un tempérament violent, dominateur, et se faisait des ennemis de tous les côtés. Pourquoi diable Jennens ne lui avait-il pas envoyé un opéra au lieu de cette élucubration religieuse?
D’une main distraite, il feuilleta le livret. Tout à coup, un passage retint son regard.  » Il était méprisé et rejeté des hommes… Il cherchait quelqu’un qui eût pitié de lui, mais ne trouvait personne et nul ne s’offrait pour le réconforter. « 
Haendel poursuivit sa lecture et plus il avançait, plus il se voyait en présence de son propre cas. « Il croyait en Dieu… Dieu ne laissa pas son âme dans l’enfer… Il vous donnera la paix… « 
Les mots commençaient à prendre vie, à resplendir de sens.  » O miraculeux conseiller… Je sais que mon rédempteur est vivant… Joie! joie!… Alleluia! « 
Et voilà que Haendel sentait se ranimer la flamme de jadis. Dans son esprit, de merveilleuses mélodies se pressaient tumultueusement. Saisissant une plume, il se mit à écrire. Avec une rapidité prodigieuse, les feuillets se couvrirent de notes. Les heures s’écoulèrent sans qu’il en eut conscience.
Le lendemain matin, le domestique de Haendel trouva son maître penché sur son pupitre. Il posa près de lui le plateau du petit déjeuner et se retira sans bruit. A midi, quand il revint, le plateau était tel qu’il l’avait laissé.
Ce fut le début d’une période d’angoisse pour le fidèle vieux serviteur. Le maître ne voulait pas manger. Il prenait un morceau de pain, le rompait et le laissait choir sur le plancher, écrivant, écrivant sans arrêt, puis se levant précipitamment pour courir au clavecin. Par moments, il arpentait la pièce en agitant les bras, chantant d’une voix suraiguë: “Alleluia! Alleluia!” Et ses joues ruisselaient de larmes.
« Je ne l’ai jamais vu comme ça, confiait le malheureux serviteur à un ami de son maître. Il me regarde et n’a pas l’air de me voir. Il dit qu’il a vu les portes du ciel s’ouvrir toutes grandes et que Dieu lui-même était présent. Je crains qu’il ne soit en train de devenir fou. « 
Pendant trois semaines, Haendel travailla comme un forcené, sans presque prendre de repos ni de nourriture. Puis il tomba sur son lit, épuisé. Sur son pupitre s’étageaient en un épais recueil les feuillets du Messie, le plus grand, le plus majestueux oratorio qui ait jamais été composé.
Haendel dormit pendant dix-sept heures d’un sommeil comateux. Son serviteur crut qu’il allait mourir et envoya chercher le médecin. Mais avant l’arrivée de ce dernier, Haendel s’était réveillé et réclamait à grands cris à manger. Voracement, il engloutit la moitié d’un jambon, arrosé d’innombrables pintes de bière; puis il alluma sa pipe et se mit à plaisanter avec le médecin.
 » Si vous êtes venu me voir en ami, vous me faites plaisir, dit-il. Mais je ne veux pas qu’on se mêle de tripoter ma carcasse. Je n’ai nullement besoin de vos soins. « 
Comme Londres dédaignait ses ceuvres à ce moment-là, Haendel porta Le Messie en Irlande, où le lord lieutenant-gouverneur l’avait cordialement invité. Le musicien ne voulut pas accepter de droits sur son oeuvre, stipulant que les recettes devraient aller intégralement aux ceuvres de charité. Un miracle l’avait tiré de son abattement et de sa profonde désespérance. Que son oeuvre portât maintenant au monde entier un message d’espoir! Haendel ne voulait pas en tirer profit.
A Dublin, il fondit deux chceurs en un seul et dirigea lui-même les répétitions. La fièvre du public croissait à mesure qu’approchait la date où, pour la première fois, son oratorio serait exécuté. Tous les billets furent rapidement enlevés et, pour ménager la place, on pria les dames de venir sans paniers et les gentilshommes sans épée. Le 13 avril 1742, une foule immense commença à affluer devant les portes du théâtre plusieurs heures avant l’ouverture. L’accueil de ce premier auditoire fut véritablement triomphal.
Après cela, Londres brûla du désir d’entendre l’oeuvre. Et c’est pendant la première exécution qu’eut lieu un épisode pathétique. Au choeur de l’Alleluia, le public, suivant l’exemple du roi, se leva d’un seul mouvement et resta debout jusqu’au finale. Cette pratique est devenue depuis lors une tradition constamment respectée.
Aussi longtemps que Hoendel vécut, il fit entendre Le Messie chaque année. La recette était réservée à l’hospice des enfants trouvés. Par testament, il légua à la même fondation tous ses droits d’auteur sur cet oratorio.
Par la suite, le vieux maître connut plus d’une épreuve, mais plus jamais il ne succomba au désespoir. L’âge sapa sa vitalité, il devint aveugle, mais son génie demeura indompté jusqu’à la fin.
Le soir du 6 avril 1759 – Haendel avait soixante-quatorze ans – il assistait à une exécution du Messie. Au début de  » Et la trompette sonnera « , il eut une faiblesse et s’évanouit à demi. Ses voisins le reconduisirent chez lui. Quelques jours plus tard, sentant venir sa fin, il déclara
 » J’aimerais mourir le jour du vendredi saint. « 
Et, selon son vceu, le 13 avril, jour anniversaire de la première représentation du Messie, l’âme de Georg Friedrich Haendel quitta son corps. Mais son génie reste toujours vivant dans Le Messie, triomphe de l’espoir sur le désespoir. L’exécution de cette oeuvre à l’Albert Hall de Londres, le jour du vendredi saint, fait maintenant partie des traditions.
Avec Le Messie, Haendel a allumé un flambeau dont la lumière resplendit partout dans le monde, éclairant les lieux obscurs de la terre. Sa lumière brillera aussi longtemps
qu’il y aura des voix pour élever un chant, des yeux pour porter le regard au-dessus des collines, des coeurs pour nourrir l’espérance.

Tiré de L’Album des Jeunes

Pas de commentaire »

Pas encore de commentaire.

Flux RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

 

la pagina di San Paolo Apos... |
De Heilige Koran ... makkel... |
L'IsLaM pOuR tOuS |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | islam01
| edmond-catho-hebdo
| edmond-catho-hebdo